Il y a des matins où l’on se dit que la radio, la télévision tournent en boucle, mais pas seulement sur les faits divers ou les débats stériles : elles bouclent sur le racisme, à ciel ouvert, presque tranquillement. Le racisme en continu, un bruit de fond médiatique devenu banal.
Sur certaines chaînes d’info, la haine se déguste désormais en plateau. On y maquille ses propos d’un vernis d’« analyse. Ainsi, un chroniqueur explique que les bombardements israéliens sont « ciblés », un autre que les voix des banlieues seraient le fruit de calculs communautaristes comme si — comme si des citoyens noirs ou arabes ne pouvaient pas voter selon leurs convictions, mais seulement selon leur couleur de peau. Et tout cela se déroule en direct, sans sursaut, sans contradiction.
Des propos ignobles, crasses, calomnieux et racistes, visent depuis plusieurs jours des maires qui n’ont la « bonne couleur de peau »
Ainsi, Bally Bagayoko, maire fraîchement élu de Saint-Denis, est devenu à son tour la cible d’un festival de clichés racistes, servis, répétés, amplifiés — sans honte. Apolline de Malherbe, figure de BFMTV, lui demande si Saint-Denis est « la ville des Noirs ». Celui-ci lui rappelle calmement, mais fermement, qu’il n’a jamais dit cela. Il répondait à une remarque de Darius Rochebin, sur LCI, qui évoquait « la ville des rois » ; le maire lui avait répondu : « la ville des rois morts et du peuple vivant ». Ce dérapage n’est pas une erreur due au brouhaha, la séquence, parfaitement audible dit tout le contraire, mais un symptôme. Car derrière ce prétexte mensonger, l’excuse maladroite vient recouvrir l’essentiel : ce réflexe qui consiste à ethniciser la réussite d’un élu dès que sa peau n’est pas blanche.
Deux jours plus tard, sur le même plateau, rebelote. On insinue que des trafiquants de drogue auraient appelé à voter pour lui. Parce que, bien sûr, quand le maire est noir, on lui suppose de « drôles de fréquentations », un élu noir de Saint-Denis ne peut être que suspect : forcément proche des trafics, des voyous, voire des terroristes. Le racisme, ici, ne se cache même plus — il se dit avec un ton policé, sans jamais prononcer son nom.
Mais la palme de l’ignoble revient à CNews. Sur cette même chaîne, un « docteur en psychologie » ose comparer l’élection de Bally Bagayoko à un comportement de « mammifères sociaux de la famille des grands singes ». Puis Michel Onfray, en pleine forme réactionnaire, y va de son diagnostic tribal et parle à son tour « d’attitude tribale » et de « mâle dominant ». Comment, en 2026, peut-on encore laisser passer de tels propos à l’antenne ?
Ce racisme décomplexé prospère parce qu’il est encouragé, toléré, voire validé par le silence ou les petites phrases venues d’en haut. Quand un ministre comme Darmanin se permet d’assimiler tout un courant politique à la violence ou à l’antisémitisme. Il ne s’est pourtant pas indigné quand Yaël Braun-Pivet (présidente de parlement) a organisé une minute de silence pour un néonazi qui vénérait Hitler. Et Manuel Valls, lui, vomissait à propos de la liste LFI à Toulouse : « Ça donne la nausée. C’est à vomir. », il légitime ce discours raciste. Ces mots-là, venus du sommet de l’État, valent tous les feux verts du monde pour les chiens de garde de la haine installés en plateau.
Il faut le dire clairement : ce n’est pas du débat, c’est du racisme. Pas du journalisme, mais de la propagande sale, diffusée chaque soir entre deux coupures de pub. Le racisme médiatique est devenu une habitude. Et le problème avec les habitudes, c’est qu’à force de s’y accoutumer, on finit par ne plus les voir. Eh bien non — il faut les regarder bien en face, leur mettre des mots dessus, et les combattre. Parce qu’à ce rythme-là, ce n’est plus l’info qu’on diffuse en boucle, mais la haine.
Le racisme médiatique n’a plus besoin de cagoule : il porte un micro, un costume, et un badge de presse. Et c’est cela, le plus inquiétant.



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