La militarisation de la société ne commence jamais sur les champs de bataille. Elle s’installe d’abord au cœur même des nations, dans leurs institutions, leurs budgets et leurs priorités. En ce sens, militariser, c’est déjà faire la guerre à son propre peuple.
Aujourd’hui, à la suite des orientations impulsées notamment par les États-Unis et leurs alliés, et avec le soutien actif du gouvernement belge, une dynamique préoccupante est à l’œuvre. Elle vise à inscrire durablement la logique militaire dans tous les domaines de la vie collective : finances publiques réorientées, industries reconverties, système éducatif adapté à des finalités sécuritaires, jusqu’à l’introduction de dispositifs comme le service national volontaire ou les filières « défense » dans l’enseignement technique.
Demain, faudra-t-il voir des structures civiles comme les services publics de l’emploi devenir des relais directs de cette logique, orientant les demandeurs d’emploi vers les industries de l’armement ou les forces armées elles-mêmes ? A quand la nomination d’un colonel à la tête des organismes publics de l’emploi : d’Actiris, du Forem, de VDAB et d’ADG ? Cette perspective, loin d’être caricaturale, traduit une tendance profonde : celle d’un glissement progressif vers une société organisée en fonction des besoins de la guerre.
Cette orientation ne concerne pas uniquement la Belgique. Elle s’inscrit dans un mouvement international. En Allemagne, le gouvernement annonce des investissements militaires colossaux. En France comme ailleurs, les budgets de défense explosent. Partout, les mêmes justifications sont avancées : sécurité, compétitivité, influence. Mais derrière ces discours, une réalité persiste : la tentative de répondre à la crise du système capitaliste par l’accaparement des ressources et l’intensification des logiques de profit.
Or, les faits contredisent cette fuite en avant. Les études économiques, y compris celles du FMI, montrent que les dépenses militaires pèsent lourdement sur les finances publiques sans générer de croissance durable. Elles creusent les déficits, alourdissent la dette et détournent des ressources essentielles.
La dégradation des protections sociales ne sont pas des effets secondaires : elles sont les conditions mêmes de la militarisation.
Car pour financer la guerre, il faut d’abord réduire les moyens consacrés à la société. Les coupes dans l’enseignement, les attaques contre les services publics, la dégradation des protections sociales ne sont pas des effets secondaires : elles sont les conditions mêmes de cette militarisation. Les populations en paient le prix, sous forme d’une paupérisation accrue et de recul des droits.
Dans ce contexte, les libertés publiques elles-mêmes sont restreintes. La montée des logiques sécuritaires s’accompagne d’une remise en cause progressive des droits individuels et collectifs. Parallèlement, certains acteurs économiques majeurs, notamment dans le secteur technologique, plaident pour la levée de toute contrainte pesant sur les entreprises. Leur objectif est clair : étendre sans limite le pouvoir des marchés, au détriment des cadres démocratiques, sociaux et éthiques.
La militarisation ne conduit pas à la paix. Elle prépare des conflits, souvent motivés par la conquête ou le contrôle de ressources. Les tensions actuelles au Moyen-Orient en sont une illustration inquiétante, faisant planer le risque d’un embrasement plus large.
Face à cette trajectoire, une autre voie existe. Elle repose sur le refus de la guerre et sur la solidarité entre les peuples. Elle implique de s’opposer à la militarisation sous toutes ses formes et de défendre les principes de justice, de coopération et de paix.
Si le choix du pacifisme fait partie de la Libre Pensée, il est important que des voix s’élèvent contre toutes les guerres qui ne sont nécessaires que pour le capitalisme, l’industrie d’armement, le développement de ses techniques et de la militarisation de la société.
C’est dans cet esprit que le Cercle de Libre Pensée-Kring voor het Vrije Denken s’engage. Contre la guerre et contre les mécanismes qui la rendent possible. Contre les divisions, le racisme et les discriminations qui affaiblissent les solidarités. Pour une société fondée sur les droits, la raison et l’émancipation.
Cet engagement se traduira concrètement par sa participation aux mobilisations à venir, notamment le rassemblement international de Londres le 20 juin 2026 et la manifestation du 14 juin à Bruxelles. Parce que refuser la guerre commence ici, maintenant. ■
Bruxelles, le 4 Prairial de l’an CCXXXIV


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