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Il y a des silences qui en disent plus long que mille discours. Et celui de la Belgique face à l’Eurovision 2026 résonne comme une complaisance assourdissante. Derrière les sourires, les paillettes et les refrains calibrés, c’est un véritable bal des hypocrites et des cyniques qui se joue — un spectacle où l’on célèbre « l’apolitisme » tout en fermant les yeux sur l’évidence.
Car il faut oser le dire : l’Eurovision n’a jamais été apolitique. Elle est une scène où les États défilent, où les rapports de force s’expriment, où les symboles comptent autant que les chansons. L’exclusion de la Russie après l’invasion de l’Ukraine l’a démontré sans ambiguïté. Mais lorsqu’il s’agit d’Israël, accusé par des experts internationaux de crimes de guerre et de dérives génocidaires à Gaza, soudain, le concours redeviendrait un sanctuaire neutre ? L’argument ne tient pas une seconde.
Présenter l’Eurovision comme un simple divertissement apolitique relève d’une fiction de plus en plus intenable. Plusieurs diffuseurs publics — en Espagne, en Slovénie, en Islande, en Irlande ou encore aux Pays-Bas — l’ont d’ailleurs explicitement remis en cause, soutenus par leurs gouvernements. Car ici, il ne s’agit pas d’un artiste isolé, mais bien de la participation d’un État, représenté par sa radiotélévision publique. Radiotélévision qui relaie scrupuleusement la propagande militariste, raciste de son gouvernement.
Pendant que l’Union européenne de radio-télévision intime le silence sur les chiffres des victimes — comme si les morts pouvaient être relégués hors champ — Gaza continue de suffoquer. Des dizaines de milliers de morts, des enfants ensevelis sous les décombres, une aide humanitaire bloquée, des journalistes assassinés ou tenus à l’écart depuis plus de 900 jours. Et face à cela, on nous demande d’applaudir, de voter, de consommer le spectacle.
Certains pays ont refusé ce scandale. L’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas ou encore la Slovénie ont osé poser la question que tout le monde évite : peut-on vraiment célébrer l’unité européenne aux côtés d’un État accusé de violer massivement le droit international, les droits de l’Homme ? Leur réponse n’est pas un rejet culturel, mais un rappel moral : la culture n’excuse pas tout. La neutralité n’existe pas, on est d’un côté ou de l’autre côté de la barricade.
Le gouvernement belge, lui, a choisi son camp, celui des génocidaires. Se retrancher derrière les décisions de l’UER, envoyer une candidate, diffuser le show comme si de rien n’était. Une posture d’autant plus troublante que certains responsables reconnaissent eux-mêmes que l’Eurovision ne peut plus être « dissociée du réel ». Mais reconnaître ne suffit pas. Encore faut-il agir.
Le boycott, rappelons-le, n’est ni extrémiste ni violent. C’est un outil démocratique, historiquement utilisé pour dénoncer l’inacceptable. Refuser de participer, ou même simplement de diffuser, aurait été un signal clair : celui que les droits humains ne sont pas négociables.
À force de vouloir ménager tout le monde, on finit par trahir l’essentiel. Et en l’occurrence, ce ne sont pas des principes abstraits qui sont sacrifiés, mais des vies humaines bien réelles. Derrière le vernis du divertissement, c’est notre capacité collective à dire non à l’injustice qui est mise à l’épreuve.
Le gouvernement belge a choisi de détourner le regard, ce qu’ont dénoncé des manifestants rassemblés devant les grilles de la RTBF. Alexis Deswaef, président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), et Selma Benkhelifa, avocate au sein du Progress Lawyers Network, y ont pris la parole. « Le boycott est un outil légitime, non-violent, de contestation, qui a sa place dans l’espace démocratique », a déclaré Alexis Deswaef, ajoutant : « Israël doit être exclu de ce genre de compétition. On a exclu par le passé d’autres pays qui violaient le droit international », évoquant notamment la Russie.
Bruxelles, ce 24 Floreal CCXXXIV
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