Tribune libre et opinion : La guerre, moteur d’un système à bout de souffle   Recently updated !


La guerre n’est plus une exception. Elle devient la norme. Sur tous les continents, les conflits se multiplient, s’intensifient et s’inscrivent désormais dans une dynamique mondiale. Derrière cette escalade, une réalité dérangeante s’impose : la militarisation n’est pas un accident de l’histoire, mais une nécessité pour la survie du système capitaliste.

En 2025, les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau record de 2 887 milliards de dollars. C’est la onzième année consécutive de hausse. Loin de ralentir, la course aux armements s’accélère, portée par des tensions géopolitiques croissantes et une logique de puissance qui écrase toute autre considération.

L’Union européenne s’arme, les peuples paient. Le continent européen est aujourd’hui en première ligne de cette fuite en avant. Avec une hausse de 14% en un an, les dépenses militaires y explosent. Les États de l’Union européenne ont, à eux seuls, augmenté leurs budgets de 28% en 2025.

Au cœur de l’Europe, la guerre en Ukraine sert de justification à ce réarmement massif. Des dizaines de milliards d’euros sont détournés des budgets sociaux pour alimenter l’effort de guerre. Pendant que les services publics s’effritent, que le coût de la vie augmente, que les inégalités se creusent en bref que la paupérisation de la classe ouvrière s’accroît, les gouvernements privilégient l’escalade militaire.

La Belgique illustre parfaitement cette dynamique : avec une augmentation de 59% de ses dépenses militaires, elle grimpe à la 28e place mondiale. Une progression spectaculaire, qui interroge sur les priorités politiques dans un contexte de crise sociale persistante.

La Belgique incarne pleinement cette évolution : en augmentant ses dépenses militaires de 59%, elle se hisse désormais à la 28e place mondiale. Une progression spectaculaire, d’autant plus marquante qu’il s’agit des seules dépenses en hausse, tandis que les services publics subissent, eux, une politique d’asphyxie. Présentée comme une nécessité économique, cette orientation traduit en réalité un choix politique assumé : privilégier l’investissement dans l’armement, l’économie de guerre au détriment des besoins sociaux urgents du pays.

L’OTAN et la spirale sans fin. Les pays membres de l’OTAN représentent désormais 55% des dépenses militaires mondiales, soit 1 581 milliards de dollars. Sous le diktat des États-Unis, les affidés européens sont poussés à consacrer jusqu’à 5% de leur PIB à la défense, tout en s’équipant prioritairement auprès de l’industrie militaire américaine.

Cette logique alimente une spirale infernale. La décision d’augmenter massivement le budget militaire américain — jusqu’à 1 500 milliards de dollars — contraint d’autres puissances, comme la Chine, à suivre le mouvement. Résultat : une escalade globale où chaque État justifie son réarmement par celui des autres.

Une économie sous perfusion militaire. Dans un contexte de fragilisation du marché mondial et de tensions économiques croissantes, l’industrie de l’armement devient un pilier central du capitalisme. Elle agit comme un moteur artificiel, maintenant à flot un système en crise.

Mais ce choix n’est pas sans conséquences. La hausse des prix de l’énergie, les déséquilibres financiers et les rivalités entre puissances créent les conditions d’une crise majeure. La militarisation ne résout rien : elle repousse les contradictions tout en les aggravant.

Une évolution dangereuse. Comme le souligne le rapport du SIPRI, cette montée des dépenses militaires traduit une transformation profonde des relations internationales. La diplomatie recule, le droit international s’affaiblit, et la force devient le principal outil de régulation.

Cette situation n’a rien d’inévitable. Elle est le produit de choix politiques, d’intérêts économiques et d’une logique impérialiste assumée. Comme le rappelle l’appel du GDAMS 2026, « reflet d’un regain plus large de l’impérialisme et de la militarisation, mené par les États-Unis » « la brutalité, la puissance militaire et la coercition sont devenues des outils dominants des relations internationales ».

« La paix est un enjeu du mouvement ouvrier. »  Syndicat britannique du rail

Face à cette barbarie en marche, une autre voie est possible. L’histoire nous rappelle que les travailleurs et les peuples peuvent s’unir au-delà des frontières pour s’opposer à la guerre et à l’exploitation.

C’est dans le conflit entre le capital et le travail — autrement dit entre une minorité capitaliste et les masses laborieuses — que se joue l’avenir même de l’humanité. Partout dans le monde, les mobilisations massives contre le génocide à Gaza traduisent un tournant dans la conscience des peuples face à la domination impérialiste. Des manifestations aux États-Unis contre l’ICE aux mobilisations en Europe contre les politiques guerrières et réactionnaires, en passant par les soulèvements populaires en Afrique, toutes expriment une même volonté : celle des peuples de résister à la barbarie.

Il est utile de se souvenir qu’en 1864, qu’à Londres, des militants aux horizons politiques variés — marxistes, socialistes, anarchistes, syndicalistes, proudhoniens — s’étaient réunis à l’initiative de Marx et Engels. Ensemble, ils avaient adopté une adresse inaugurale fondant l’Association internationale des travailleurs.

Ce texte proclamait notamment : « Partout, la croissance des richesses et des puissances a été vertigineuse. […] L’expérience du passé nous a appris que l’oubli des liens fraternels entre travailleurs de différents pays […] conduit à la défaite commune de leurs luttes isolées. C’est animés par cette conviction que des travailleurs de divers pays, réunis en assemblée publique à Saint Martin’s Hall le 28 septembre 1864, ont décidé de fonder l’Association internationale des travailleurs. […] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Aujourd’hui encore, la nécessité de se rassembler et de s’organiser s’impose. Face à des gouvernements et à un capital financier qui, incapables de résoudre la crise politique, sociale et économique qu’ils ont engendrée, s’engagent dans une fuite en avant destructrice, il revient aux peuples de s’unir et de lutter. Retrouvons-nous les 19 et 20 juin à Londres pour participer au meeting international contre la guerre au Central Hall Westminster, Story’s Gate.

La course aux armements n’est pas une fatalité. Elle est un choix. Et ce choix peut être contesté.
Stoppons la militarisation du monde. Refusons que l’avenir soit dicté par les fauteurs de guerre.
Rendez-vous les 19 et 20 juin à Londres.

D. Moens

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Sources

Rapport 2025 du SIPRI sur les dépenses militaires

Vrede  et  CNAPD

Londres appel contre la guerre