Le 28 février 1995, le service militaire obligatoire disparaissait en Belgique. Depuis lors la jeunesse n’a manifesté aucune nostalgie pour ce système fait d’ennui, de soumission, de brimades et de négation de la citoyenneté. Pendant des décennies, la conscription a été l’instrument d’un pouvoir qui exigeait l’obéissance aveugle et préparait les corps et les esprits aux guerres, des tranchées de 14-18 aux violences coloniales en passant par tous les conflits armés où la Belgique a envoyé « ses valeureux soldats » pour tuer ou être tués.
Aujourd’hui, cette obligation militaire que tant de générations ont combattue, par l’objection de conscience ou par d’autres moyens, revient par la fenêtre, dissimulée sous les habits trompeurs du « volontariat », qui n’est qu’une étape vers le retour de la conscription obligatoire, déjà d’actualité en Allemagne et en préparation un peu partout en Europe. Le Service Militaire Volontaire, les classes de défense dans les écoles, la présence accrue de l’armée dans les filières techniques d’enseignement : autant de dispositifs qui participent d’une même logique. Celle d’une reprise en main de la jeunesse, d’une banalisation progressive de la militarisation de la société.
Le procédé est connu : transformer la contrainte en choix, maquiller l’enrôlement en opportunité. À coups de promesses salariales — plus de 2 000 euros mensuels — on cible une jeunesse fragilisée par la précarité, l’augmentation des coûts des études, et la réduction de l’accès à l’enseignement supérieur. Ce n’est pas un hasard. Quand l’avenir est bouché, l’armée devient un recours présenté comme naturel. Mais ce « choix » n’en est pas un : c’est une captation organisée.
Parallèlement, l’école est peu à peu mise au service de cette logique. La présence de l’armée dans les établissements, sous couvert de sensibilisation ou de formation, des « démonstrations » d’engins militaires ou de machines à tuer dans les écoles constituent une dérive grave. L’école publique n’est pas une succursale de l’état-major. Elle n’a pas pour mission d’inculquer l’obéissance, le culte de la hiérarchie et surtout l’acceptation de la guerre. Elle doit former des esprits libres, critiques, capables de comprendre et de contester.
Car derrière ces dispositifs se profile une réalité plus inquiétante encore : la préparation des esprits à la guerre. Dans un contexte international marqué par les logiques d’affrontement, et le rejet guerrier de toute voie diplomatique dans les conflits, la remilitarisation des sociétés européennes s’accélère à un rythme effréné. Habituer la jeunesse à l’uniforme, à la discipline et à l’idée de conflit n’est pas anodin. C’est créer les conditions d’acceptation de l’inacceptable.
L’histoire l’a montré : lorsque les peuples sont enrôlés, ce ne sont pas leurs intérêts qui sont défendus, mais ceux des puissances économiques et politiques. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les capitalistes », écrivait Anatole France. Cette réalité n’a rien perdu de son actualité.
Le Cercle de Libre Pensée-Kring voor het Vrije Denken refuse cette évolution. Il s’oppose à toute forme d’embrigadement de la jeunesse, à toute intrusion de l’armée dans l’école, et à toute tentative de rétablir, même sous une forme déguisée, le service militaire obligatoire.
La jeunesse n’est pas une réserve de soldats pour chair à canons.
L’école n’est pas une caserne.
L’argent public doit servir l’instruction, pas l’embrigadement.
Face à la montée des logiques guerrières, nous réaffirmons une exigence simple et fondamentale : la paix, la liberté de conscience, et le refus de toute militarisation de la société.
Guerre à la guerre !
Bruxelles, 20 avril 2026


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