
Chappatte dans « Le Temps de Genève »
En rejetant les réfugiés, les migrants, nous devenons
étrangers à nous-mêmes, à notre propre humanité.
Communiqué. Le Cercle de Libre Pensée- Kring voor het Vrije Denken dénonce avec indignation l’adoption, le 26 mars 2026, par le Parlement européen du « règlement retour », voté par l’extrême-droite avec le soutien assumé de la droite. Ce fait politique majeur n’est pas anodin : il révèle une convergence inquiétante qui banalise des idées et des pratiques jusqu’alors portées par les forces les plus réactionnaires. Il n’est pas sans évoquer la brutale politique de l’immigration étatsuniennes dont l’ICE est l’incarnation.
Ce texte ne constitue pas une simple dérive conjoncturelle. Il s’inscrit dans la logique même de la construction de l’Union européenne, fondée sur la primauté des intérêts économiques, la mise en concurrence des travailleurs et travailleuses, et la fermeture croissante des frontières aux populations les plus vulnérables. Cette architecture politique porte en elle une vision utilitariste et sélective des migrations : accueillir la main-d’œuvre jugée « utile », rejeter et expulser celles et ceux considérés comme indésirables. Dans ce cadre, les politiques de tri, d’enfermement et d’expulsion ne sont pas des accidents, mais l’expression cohérente d’un système qui érige l’exclusion en mode de gestion.
Ce texte ne constitue pas une simple réforme technique : il s’inscrit dans une longue histoire de politiques de rejet, de tri et d’exclusion des étrangers, qui ont trop souvent jalonné l’histoire du continent européen. En organisant aujourd’hui la généralisation des expulsions, l’Union européenne renoue avec des logiques que l’on croyait reléguées au passé : celles de la désignation de populations indésirables, de leur mise à l’écart, et de leur traitement administratif comme des corps à déplacer ou à éliminer de l’espace commun.
Sous couvert d’« harmonisation », ce règlement instaure une traque coordonnée des personnes migrantes à l’échelle de toute l’Union Européenne. Grâce au partage des données et à la reconnaissance mutuelle des décisions d’expulsion, chaque État devient le relais d’un système global de surveillance et de répression. Cette mécanique transforme l’ensemble du territoire européen en un espace de suspicion permanente, où des milliers de personnes sont assignées à une condition d’illégitimité.
Le durcissement des mesures d’éloignement, la multiplication des contrôles, des assignations et des restrictions de circulation, ainsi que l’extension massive de la rétention administrative — jusqu’à 24 mois, voire au-delà — traduisent une volonté claire : criminaliser des populations entières en raison de leur origine ou de leur situation. L’enfermement de mineur·e·s, la possibilité de détention en prison, et l’arbitraire des critères sécuritaires révèlent l’ampleur de cette dérive.
L’Union européenne devient un espace unifié de chasse aux réfugi·e·s, aux migrants, où chaque frontière intérieure disparaît pour mieux renforcer la traque !
La création de « hubs de retour » situés hors de l’Union européenne constitue, à cet égard, un saut qualitatif dans la violence institutionnelle. Externaliser l’enfermement et l’expulsion, c’est soustraire ces pratiques au regard public et à tout contrôle démocratique, contourner les garanties juridiques, et exposer les personnes concernées à des traitements indignes dans des États où les droits fondamentaux ne sont pas assurés. Cette logique rappelle les heures les plus sombres où l’on reléguait hors du droit commun celles et ceux que l’on ne voulait plus voir.
Le CLP-KVD réaffirme que cette politique n’est pas neutre : elle s’inscrit dans un climat idéologique marqué par la montée des discours racistes et xénophobes en Europe. En désignant les personnes migrantes comme des menaces, en organisant leur traque et leur expulsion, les institutions européennes légitiment et renforcent ces représentations. Elles participent à la construction d’un ennemi intérieur, ciblant en pratique des populations souvent racisées, déjà victimes de discriminations systémiques.
L’histoire nous enseigne où mènent ces logiques de stigmatisation, de fichage, d’enfermement et d’expulsion. Elle nous rappelle que l’abandon progressif des droits pour certaines catégories ouvre toujours la voie à des reculs plus larges pour l’ensemble de la société. Ce qui se met en place aujourd’hui n’est pas seulement une politique migratoire : c’est un basculement moral et politique.
Nous refusons cette politique qui trie les êtres humains, qui hiérarchise les vies, qui transforme la vulnérabilité en faute, qui porte en elle une violence structurelle et une logique profondément raciste. Nous refusons cette banalisation de la violence d’État contre les exilé·e·s. Les migrations sont une réalité humaine, historique, irréductible. Les personnes qui en sont les victimes ne sont ni des délinquants ni des intrus : elles sont porteuses de droits inaliénables.
Face à cette régression, nous appelons à une mobilisation résolue. Il est urgent de reconstruire un horizon fondé sur la solidarité, l’égalité des droits et le respect inconditionnel de la dignité humaine.
Le CLP-KVD appelle toutes celles et tous ceux, toutes les consciences libres qui refusent le racisme et l’injustice à se lever contre cette offensive. Il est encore temps de faire échec à cette politique indigne et de défendre, sans compromis, les principes de dignité, de justice et d’humanité.
Le CLP-KVD exige les mesures d’urgence suivantes :
1°- L’annulation de tous les accords par lesquels l’Union européenne a confié à des pays tiers le soin de retenir et ou à interner les réfugiés souhaitant se rendre en Europe ;
2°- L’application immédiate dans toutes ses dispositions actuelles de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 que les mesures, légales et illégales, prises dans le cadre du rétablissement des contrôles aux frontières, empêchent de produire son plein effet à l’égard des demandeurs d’asile ;
3°- La révision, dans les plus brefs délais, vu l’état du monde, de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 et de la Convention de Genève de 1951 afin de reconnaître la qualité de demandeurs d’asile non seulement aux personnes victimes de persécutions mais également aux individus fuyant les guerres, la grande pauvreté et les catastrophes.
Bruxelles, ce 29 Floréal CCXXXIV
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