Baisse du niveau des élèves ? C’est le bilan de ce gouvernement et des précédents   Recently updated !


L’école est, en effet, plus particulièrement atteinte qu’aucune autre institution par une rhétorique de l’innovation qui l’invite à renoncer à sa fonction propre pour servir seulement d’appoint dans les processus d’apprentissage entrant dans le fonctionnement de l’économie comme système clos ou, si l’on préfère, comme système se suffisant à lui-même et tendant à constituer le tout de la société. Ce qui a vraiment changé, c’est donc bien que l’école, finissant par avoir honte d’elle-même (ne dénonce-t-on pas sans retenue le vain loisir, les œillères, l’infirmité des maîtres comparés aux prestigieux seigneurs de l’industrie ?) tend à s’effacer au profit de la société extérieure où elle va maintenant chercher ses modèles, alors que depuis son origine et par destination, contrairement aux thèses d’une histoire falsifiée, elle n’avait cessé de se vouloir différente, jusqu’à constituer, par rapport à la société extérieure, comme un contre-modèle. La question est alors de savoir si, l’école ayant perdu la notion de sa fin, nous ne sommes pas en train d’assister à la fin de l’école.

Jacques Muglioni, La fin de l’école. In: La Revue de l’Enseignement Philosophique, n°31-1, 1980. pp. 36-48

Opportunément, en pleine reprise du mouvement des personnels de l’enseignement et des étudiants s’opposant aux contre-réformes du gouvernement Degryse/Glatigny, l’OCDE publie sa dernière édition de l’enquête internationale Pisa. L’étude révèle un état catastrophique du niveau des élèves à l’échelle mondiale, et particulièrement en Belgique (1). Un constat alarmant qui préoccupe, et on les comprend, enseignants et parents. Problème : il n’est jamais question de pointer les responsables politiques de cette situation ni de mettre en évidence les inégalités scolaires qui en résultent. (2).

On remarquera que les gouvernements se plaignent des résultats d’un système éducatif qu’ils ont déjà soumis, pour améliorer son efficacité disent-ils ! à de nombreuses contre-réformes depuis plus de 30 ans. Le principal responsable du délabrement de l’école publique qu’ils feignent de déplorer, ce sont eux-mêmes. Ce sont eux qui ont supprimé des postes, provoqué une crise de recrutement, engendré des classes pléthoriques, cassé le sens du métier et l’implication pédagogique de nombre de personnels, …

Dans des interventions et communiqués scandaleux, la ministre de l’Éducation Glatigny (MR), la ministre présidente Degryse (Engagés) osent dénoncer, pour se dédouaner, le contexte numérique, la consommation massive des réseaux sociaux, l’utilisation des téléphones portables et le recul de l’implantation des parents dans l’éducation de leurs enfants et dans le suivi scolaire !

Rétablissons les faits : ce bilan c’est le leur. Les partis de ces deux ministres ont sévi au ministère de l’Éducation depuis des dizaines d’années, surtout le parti clérical. Ils ont été l’une des chevilles ouvrières de toutes les politiques destructrices de l’école publique (officielle), sous Hazette, puis ses successeurs (3). À la rentrée, sous couvert de baisse démographique et de la liquidation de l’enseignement technique, des centaines de postes d’enseignants ont encore été supprimés. Des classes ont fermé. Il manque de tout, partout : des professeurs et éducateurs ayant les titres disciplinaires et pédagogiques requis, des Psys, des infirmières, etc. Dans certaines communes, comme chacun le sait, aucune école publique, les parents sont obligés d’inscrire leurs enfants dans des écoles confessionnelles ou faire subir à leurs enfants de longs trajets pour suivre leur cursus dans une école publique.

Alors, qu’ils gardent leurs leçons de morale pour eux. Ni les parents, ni les personnels, ni les jeunes ne sont près d’oublier leur lourd passif : contre-réformes désastreuse avec l’imposition des compétences, destruction de l’enseignement technique et professionnel, ubérisation du métier d’enseignant, organisation année après année du manque de profs, remise en cause du droit à l’enseignement :le diplôme d’humanité de qualification (qualifiant depuis la contre-réforme du « Pacte d’excellence ») ne garantit plus le droit de poursuivre des études universitaires mais devient une simple condition, (liste non-exhaustive), etc.

Et ça, n’en déplaise au ministre, ce sont les faits ! Pour défendre cette conquête sociale et démocratique majeure qu’est l’Ecole Publique : abrogation du « Pacte d’excellence » et du décret « Missions ». Ils ont déjà fait trop de dégâts.

Quant au programme qu’ils appellent de leurs vœux, on peut le résumer simplement : la politique menée par les uns et les autres depuis des décennies (ça ne date malheureusement pas de ce gouvernement…) est un désastre. Courage : continuons ! C. Désir, la ministre précédente à ce poste disait la même chose. Idem pour Jeholet, tous coresponsables et coupables du naufrage dans lequel ils ont plongé l’École publique. La seule chose qu’inspirent ces fossoyeurs : qu’ils partent ! Et le plus vite possible.

K. Soka

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  1. On ne peut que s’étonner du timing choisi pour la diffusion de cette enquête qui vient opportunément dédouaner les gouvernements en place. Nous n’aborderons pas ici la validité des enquêtes Pisa et ses conclusions.
  2. La Belgique est fréquemment citée dans les enquêtes internationales comme PISA en raison du caractère profondément inégalitaire de son système scolaire, où le lien entre origine sociale et réussite est particulièrement fort. Ce constat alarmant : plutôt que d’offrir à chacun·e une trajectoire sociale indépendante de son origine, l’école tend à reproduire et à amplifier les inégalités de naissance. Cette conséquence de la politique éducative conduite depuis des décennies est niée par les gouvernements et, pire, les choix budgétaires qui persistent depuis longtemps accentuent ces inégalités, au détriment des élèves issus de la classe ouvrière. Voir « L’Ecole sacrifiée» de Nico Hirtt et « La fin de l’Ecole » de Michel Eliard, entre autres.
  3. Liste des ministres de l’Education en Belgique francophone