Le Cercle de Libre Pensée-Kring voor het Vrije Denken (CLP-KVD) apporte son total soutien aux lycéen·nes, aux étudian·tes, aux enseignan·tes ainsi qu’à l’ensemble des personnels mobilisés pour défendre leurs conditions d’étude et de travail, mais aussi leur avenir. Face aux violences policières, aux accusations déshonorantes et aux tentatives visant à criminaliser un mouvement social légitime, le CLP-KVD le réaffirme : la jeunesse est fondée à se mobiliser. Sa colère est légitime, ses demandes sont justifiées et sa liberté de s’organiser ne peut être remise en cause.
Contre les violences policières : la véritable violence réside dans l’austérité
Partout, les jeunes portent une exigence élémentaire : pouvoir étudier dans des conditions dignes. Classes trop chargées, manque de personnels et de matériel, suppressions de postes, matières non enseignées durant des mois, précarité, frais d’inscription et de transport en hausse, délabrement des locaux où l’on se gèle en hiver et où l’on grille dès le printemps… : ces difficultés ne sont pas le fruit du hasard. Elles découlent de politiques de droite comme de « gauche » qui affaiblissent méthodiquement le service public d’éducation, et dont les effets se sont accentués depuis la communautarisation de l’enseignement.
Telle est la violence que subissent au quotidien les élèves depuis des décennies.
Face à cette mobilisation sociale et démocratique, les autorités opposent les matraques, les gaz lacrymogènes, les insultes, les interpellations et les arrestations administratives ou judiciaires. Des mineurs sont également concernés. Le CLP-KVD condamne avec fermeté ces violences policières. La violence n’est pas du côté des manifestantes et des manifestants : elle se trouve dans les mesures d’austérité qui privent les établissements de ressources, dans la précarité organisée, dans les restrictions des libertés publiques et individuelles et dans la volonté de réduire au silence toute contestation. Ne nous trompons pas quant aux dégradations subies par quelques établissements scolaires. Elles ne sont que l’expression symboliques contre un système de sélection qui exclue, dès l’école, certains élèves. Ces dégradations matérielles, même lorsqu’elles se produisent, ne justifient pas que l’on criminalise un mouvement fondé sur des revendications légitimes.
Des revendications légitimes, anciennes et convergentes avec celles des enseignants
La colère des lycéen·nes ne surgit pas aujourd’hui. Elle s’est construite au fil d’années marquées par l’abandon, la répression et l’incertitude imposée à leur avenir, notamment par la mise en place de mécanismes de sélection. Les élèves demandent des conditions qui favorisent l’apprentissage, la concentration et la réussite : des classes moins nombreuses et des équipes qualifiées, suffisamment étoffées pour accompagner chacune et chacun.
Ils dénoncent aussi le tri des élèves et l’affaiblissement progressif du droit à l’enseignement. Ces évolutions vont de pair avec une répression croissante de la jeunesse et une autorité toujours plus contraignante exercée sur les personnels jusqu’à leur caporalisation.
Les préoccupations des élèves rejoignent largement celles des enseignan·tes. Depuis des années, ces derniers alertent sur la dégradation de leurs conditions de travail, le manque de personnel et le renforcement des inégalités sociales dans l’accès à l’éducation. Élèves et professeurs font le même constat : l’école publique est sacrifiée au nom de la réduction des dépenses et d’une gestion managériale qui transforme l’enseignement en simple objectif de rendement.
Le droit des élèves à s’organiser librement et indépendamment
La ministre affirme que les élèves peuvent participer aux instances de leur établissement. Pourtant, dès que leur engagement prend une forme revendicative ou exprime une opposition, il devient difficilement acceptable aux yeux du pouvoir. Le CLP-KVD rappelle que les lycéen·nes doivent pouvoir exercer pleinement leurs droits : pétitionner, afficher, se réunir, s’associer et créer des syndicats indépendants.
Reconnaître ces libertés, c’est permettre aux jeunes de réfléchir ensemble, de faire connaître leurs demandes et de prendre part aux décisions qui influencent leurs conditions de vie et d’étude. Le CLP-KVD condamne les tentatives du gouvernement pour étouffer leur mobilisation, par une répression policière brutale et, désormais, par la fermeture d’établissements scolaires. Il défend le droit des lycéen·nes à s’exprimer et à s’organiser de façon autonome, ainsi que leur accès à des espaces où se rencontrer, débattre et préparer leurs actions.
Le CLP-KVD rappelle que la liberté d’expression, de réunion et de manifestation sont des droits constitutionnels. La Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la Belgique, oblige l’État à protéger les enfants et à garantir leur liberté d’expression et de réunion pacifique (articles 13 et 15). Or, ces droits sont bafoués par la criminalisation du mouvement lycéen.
Le CLP-KVD demande la fin de la répression policière, la libération immédiate des élèves en arrestation administrative ou judiciaire et l’abandon des poursuites engagées contre eux.
Contre les accusations scandaleuses de la ministre Glatigny : non, les lycéens ne sont pas « instrumentalisés »
L’une des attitudes les plus préoccupantes du pouvoir consiste à soupçonner toute contestation avant même d’en écouter les raisons. Des adolescentes et des adolescents se mobilisent ; au lieu de s’intéresser à leurs revendications, certains cherchent aussitôt qui pourrait les manipuler. La ministre Glatigny a ainsi prétendu que les élèves seraient guidés par un « cerveau caché » : l’extrême gauche bien évidemment. Cette accusation est scandaleuse et méprisante. Elle révèle une vision autoritaire de la démocratie, dans laquelle les jeunes ne seraient pas capables d’agir par eux-mêmes.
Parler de manipulation, comme si des jeunes qui s’intéressent à la politique et prennent position commettaient une faute, revient à dénigrer leur engagement. Pourtant, les questions politiques traversent l’histoire-géographie, la littérature, la philosophie et l’éducation à la citoyenneté. Malgré les efforts pour rendre les programmes moins sensibles aux enjeux de société, les élèves acquièrent des connaissances qui leur permettent de comprendre le monde contemporain.
L’accusation vise également, en filigrane, des enseignan·tes qui seraient présentés comme des endoctrineurs. Elle bafoue leur déontologie et leur attachement au service public, tout en niant l’esprit critique des lycéennes et des lycéens. Les décrire comme incapables de penser seuls, c’est les traiter comme s’ils n’avaient ni discernement ni capacité de jugement.
Aucun « cerveau caché » n’est nécessaire pour expliquer la contestation. Celle-ci répond à des réalités bien présentes : le manque de moyens, la détérioration des conditions d’apprentissage, les inégalités scolaires et la peur d’un avenir soumis à la sélection. Ce sont précisément des motifs exprimés par les jeunes mobilisés.
Pour une École Publique, laïque, gratuite et dotée de moyens matériels et humains
Ce n’est pas de F-35, de drones…, gouffres financiers, ni une militarisation de la société. Ce ne sont pas des classes de défense dans l’enseignement technique ni un service militaire volontaire destiné à faire “marcher au pas” les élèves. Ce dont la jeunesse a besoin, c’est d’une École Publique, laïque, disposant de moyens matériels et humains pour remplir sa fonction : instruire en toute indépendance.
Le CLP-KVD demande la levée immédiate des poursuites et sanctions visant les jeunes mobilisés, le respect effectif de leurs droits et l’ouverture de véritables négociations avec leurs organisations et leurs représentants. Il apporte son soutien aux syndicats et collectifs de lycéens, d’étudiants, d’enseignants, de chercheurs et de personnels qui refusent la destruction de l’enseignement public.
Il appelle à renforcer la mobilisation pour une École Publique laïque, gratuite, ouverte à toutes et à tous, et financée à la hauteur des besoins. La jeunesse a raison de dire : ça suffit !
Les élèves doivent être entendus !
Leurs revendications doivent être satisfaites !
Bruxelles, rue de l’Enseignement, 1 octobre 2026

