[:fr]Billet d’humeur : Œcuménisme ou Séparation des Églises et de l’État ![:]


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« Nulle odeur n’est plus mortifère que celle de l’argent et de l’encens réunis »
Boualem Sansal

Dans son édition en ligne du 24 juin 2022, la RTBF nous a gratifié d’un petit dossier sur le financement des cultes en Belgique, signé par Céline Thérer avec Maurizio Sadutto (Ici).

Qu’y apprend-on ?

Que cette année, le montant du seul financement des cultes, qui sera partagé entre les 6 cultes catholique, protestant-évangélique, israélite, anglican, orthodoxe et islamique, … et par la laïcité subventionnée (le Conseil central des communautés philosophiques non confessionnelles de Belgique, dont le Centre d’action laïque est la branche francophone et deMens.nu/UVV (Unie Vrijzinnige Verenigingen) la branche néerlandophone) sera de 281,7 millions d’euros. Et que le culte catholique et la laïcité subventionnée sont les premiers bénéficiaires de cette manne annuelle « céleste ». Suivis par les autres cultes et leur représentation reconnues par l’État, dans un ordre non précisé.

Soit ! Mais sous couvert d’une décision de la Cour européenne des droits de l’homme qui juge que ce système belge de distribution d’argent public pour le financement des cultes « n’est pas objectif, n’est pas transparent et est discriminatoire », les auteurs du dossier posent une question : que va-t-on faire alors ?

Et voilà que tout le monde s’empresse, de marchander « la » solution : il faut légiférer, objectiver les critères, comptabiliser les adeptes, etc.

Et voilà qu’on ressort le modèle fiscal comme solution à un « financement plus équitable des cultes » : mentionner sa confession dans la déclaration fiscale. Et de citer les exemples allemand, espagnol, italien…

Pour Benoît Van der Meerschen, secrétaire général du Centre d’Action Laïque, « le système de la reconnaissance des cultes mérite d’être revu et d’être encadré juridiquement car aujourd’hui aucune loi n’existe, ce qui crée une insécurité juridique ».

De son côté, Jean-François Husson, économiste à l’Université Catholique de Namur, n’a aucun complexe à justifier le financement public du culte catholique (75% de la manne céleste au lieu de 90 % il y a quelques années) « pour des travaux à des bâtiments comme des cathédrales et des bâtiments classés, qu’on entretiendrait même s’ils n’étaient plus affectés au culte. ». Il faut oser.

Mais il n’a pas l’air de trop regretter de devoir partager le gâteau avec les autres cultes, puisque selon lui, « Ce sont des petites évolutions mais elles témoignent quand même du pluralisme de la société belge, c’est que du côté protestant-évangélique, du côté israélite et du côté anglican, il y a toute une série de petites avancées, avec des nouveaux postes qui ont été octroyés, des nouvelles communautés et des nouvelles paroisses qui ont été reconnues ».

Les nourritures spirituelles s’accommodent très bien avec l’argent ! Mais tout cela avec l’argent public bien évidemment.

Et pour terminer le tour des intervenants interrogés dans ce dossier, nous nous étonnerons à peine de la position de Stéphanie Wattier, professeure de droit constitutionnel à l’Université de Namur, sur la situation en France où, comme le rappelle la journaliste : le principe de la séparation de l’Église et de l’État est de mise et est consacré par la loi française. Selon Stéphanie Wattier, rien ne sert de vouloir suivre cet exemple : « C’est un pays très séparatiste, qui ne reconnaît aucune confession, donc ce serait un grand écart comparé à ce qu’on a chez nous ». Cachez moi cette horreur de principe de séparation des églises et de l’État établi en France depuis 1905 ! Pourtant seul principe viable pour une société où liberté de conscience individuelle peut rimer avec la laïcité comme dispositif institutionnel et juridique d’un État démocratique !

Mais revenons à la question fondamentale du dossier : comment être « objectif », « transparent », comment ne pas être « discriminatoire » dans le financement public des cultes ?

Et si demain, l’Etat est sollicité pour reconnaître d’autres cultes, et mettre la main au portefeuille pour leur financement public : Araméen, Shintoïste, Hindouiste, Caodaïste, le Jaïnisme, le culte du Vaudou, … la liste peut être longue. Que faire ?

Il nous faut dénoncer, ici, le fait que l’État en ne reconnaissant et en n’accordant des privilèges financiers qu’à quelques cultes et convictions philosophiques, alors que nombre d’autres en sont exclus, que cela constitue une discrimination entre les citoyens en fonction de leurs croyances ou convictions, et porte atteinte ainsi à la liberté absolue de conscience, qui doit se doit d’être universelle.

Une seule solution pour répondre à la question et pour une société viable aux multiples « communautés », croyants ou non, athées ou non, laïque ou non, agnostique ou non, animiste ou non, libre penseur ou non : l’État n’a ni à reconnaître ni à subventionner aucun culte ni option philosophique.

Exiger que l’État ne reconnaisse ni ne salarie et ne subventionne aucun culte ou aucune option philosophique, ce n’est pas imposer une doctrine philosophique, mais simplement appliquer le principe de la liberté absolue de conscience et proclamer la neutralité de l’État en matière confessionnelle et philosophique.

Oui, à la liberté absolue de conscience et ses multiples facettes (dont la liberté religieuse et la liberté d’expression religieuse), qui n’est pas autre chose que la liberté de l’Humanité ! Humanité qui s’est toujours heurtée aux dogmes religieux !

Non au financement sur fonds publics des cultes et de toutes options philosophiques !

Y. E.

13/07/2022

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