[:fr]ALGÉRIE – Atteinte à la liberté absolue de conscience et à la liberté académique[:]


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Alors que tout laissait penser que le tribunal se déclarerait incompétent pour juger en la matière et prononcerait la relaxe, l’universitaire et islamologue, spécialiste du soufisme, Saïd Djabelkhir, a été condamné à une peine de trois ans de prison, – selon l’article 144 bis du Code pénal – « atteinte aux préceptes de l’islam et aux rites musulmans ». Cette condamnation fait suite à la plainte déposée par un universitaire qui estimait que les écrits de l’islamologue étaient « attentatoires » à sa personne et à l’islam.

L’universitaire soutient, sur base de textes anciens, notamment, que « le rituel autour de la Kaaba, à La Mecque, existait avant l’islam et était une pratique païenne, que la consommation de l’urine de chameau pour ses vertus n’a jamais été préconisée par le Prophète, tout comme ‘‘l’allaitement’’ d’adultes et le mariage des petites filles. Une opinion, qui, selon lui, repose sur des recherches confirmées par de nombreux savants de l’islam ».

Pour Me Fetta Sadat, l’avocate de Saïd Djabelkhir, qui avait plaidé la liberté de conscience et d’expression de son client «  Djabelkhir en sa qualité d’érudit a osé user du savoir et de la connaissance pour approcher le religieux loin d’un esprit rigide, étriqué et sclérosé. Cette affaire nous interpelle, parce qu’elle pose avec acuité la lancinante question de liberté de conscience, et de la libre pensée et de la liberté tout court. Elle pose surtout l’urgence de l’abrogation des dispositions juridiques liberticides, à l’instar de l’article 144 bis du code pénal, sur la base duquel Djabelkhir a été jugé et condamné ». A travers la condamnation de l’universitaire, « c’est un autre degré dans l’outrance et la violation des moindres droits humains qui vient d’être dangereusement franchi. Une fois de plus, les tenants du pouvoir démontrent qu’ils ne reculent devant aucune ignominie pour perdurer (…) Dénués de tout scrupule, ils réveillent de vieux démons et exploitent, sans vergogne la fibre religieuse et la conscience collective du peuple algérien pour semer le désordre et la division. Transformer la justice pourtant investie de la mission de protection des droits et libertés en un appareil d’inquisition et de tatillon contrôle de la pensée lève le voile sur les sombres desseins d’un régime en perte de vitesse et en mal de légitimité ».

Parmi les nombreuses réactions exprimant la solidarité envers l’universitaire et exigeant sa relaxe, on citera celles :

– de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH) qui « réitère sa demande de respect des libertés de recherche académique, d’expression et d’opinion, elle rappelle au gouvernement le respect de ses obligations contenues dans les conventions internationales ratifiées par l’Algérie dont le Pacte international des droits civils et politiques.  La LADDH refuse à ce que les salles des tribunaux se substituent aux amphithéâtres des universités, à ce que les tribunaux se transforment en tribunaux d’inquisition. La LADDH dénonce la criminalisation des idées, du débat et de la recherche académique pourtant garanties par la Constitution. »

– du Parti des Travailleurs qui dénonce une criminalisation de la recherche scientifique « Après avoir criminalisé le travail politique et l’action journalistique, c’est maintenant la recherche universitaire qui est criminalisée. Le jugement rendu le 22 avril 2021 par le tribunal de Sidi M’hamed, contre le Dr Saïd Djabelkhir est une criminalisation de la recherche académique et de la liberté de pensée. » Le Parti des travailleurs déclare sa solidarité avec le Dr Djabelkhir et demande à ce que toutes les poursuites et accusations de cette affaire soient abandonnées. Où va notre pays ? La place de Saïd Djabelkhir est dans les espaces intellectuels, pas dans une cellule. Et la place du journaliste Rabah Karèche est dans une rédaction, pas en prison ».

Source : https://www.elwatan.com/a-la-une/luniversitaire-said-djabelkhir-condamne-a-3-ans-de-prison-menace-sur-la-liberte-dopinion-et-de-conscience-24-04-2021

 

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