[:fr] La Première Journée internationale de la Femme[:]


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Par Alexandre Kollontaï
Paru dans Mezhdunarodnuy den’ rabotnitz, (« Journée internationale des travailleurs ») Moscou, 1920 (extraits)

Manifestation à l'occasion de la première Journée internationale de la Femme, le 19 mars 1911 à Berlin. Photo de Otto Haeckel

Manifestation à l’occasion de la première Journée internationale de la Femme, le 19 mars 1911 à Berlin. Photo de Otto Haeckel

La décision prise lors du Second Congrès international des femmes socialistes n’est pas restée sur le papier. Il a été décidé de tenir la Première Journée internationale de la femme le 19 mars 1911. Cette date n’a pas été choisie au hasard. Nos camarades allemandes ont sélectionné ce jour à cause de son importance historique pour le prolétariat allemand. Le 19 mars de l’année de la révolution de 1848, le roi prussien a reconnu pour la première fois la force de la population armée et a cédé devant la menace d’un soulèvement prolétarien. Parmi les nombreuses promesses qu’il a faites, et qu’il a plus tard échoué à tenir, figurait l’introduction du droit de vote pour les femmes. Après le 11 janvier, des efforts ont été faits en Allemagne et en Autriche pour préparer la journée de la femme. Ils ont fait connaître les projets pour une manifestation à la fois par le bouche à oreille et par la presse. Durant la semaine précédant la journée de la femme, deux journaux sont apparus : Le Droit de vote pour les femmes en Allemagne et Journée de la femme en Autriche. Les divers articles consacrés à la journée de la femme (…) ont analysé à fond la question de l’inégalité de la femme dans le gouvernement et dans la société. Tous les articles ont souligné le même point : qu’il était absolument nécessaire de rendre le Parlement plus démocratique en étendant le droit de vote aux femmes.

La Première Journée internationale de la femme a eu lieu en 1911. Son succès a dépassé toutes les attentes. Durant cette journée de l’ouvrière, l’Allemagne et l’Autriche n’étaient qu’une mer de femmes grouillante et tremblante. Des meetings ont été organisés partout – dans les petites villes et même dans les villages, les salles étaient tellement remplies qu’on a dû demander aux ouvriers de laisser leurs places aux femmes.

Ceci a certainement été la première démonstration de militantisme de la femme ouvrière. À cette occasion, les hommes sont restés à la maison avec leurs enfants, et leurs femmes, les femmes au foyer prisonnières, sont allées aux meetings. Durant les 30 000 personnes ont participé, la police a décidé d’enlever les calicots des manifestants : les ouvrières ont résisté. Dans la bagarre qui a suivi, le carnage n’a été empêché que grâce à l’aide des députés socialistes au Parlement.

En 1913, la journée internationale de la femme a été transférée au 8 mars. Ce jour est resté le jour du militantisme de l’ouvrière.

Une journée de la femme est-elle nécessaire ?

La journée de la femme a eu des résultats ahurissants en Amérique du Nord et en Europe. Il est vrai que pas un seul Parlement bourgeois n’a pensé à faire des concessions aux ouvriers ou à répondre aux exigences des femmes. Car à cette époque, la bourgeoisie n’était pas menacée par une révolution socialiste.

Mais la journée de la femme a réussi quelque chose. Elle s’est avérée par-dessus tout être une excellente méthode d’agitation parmi nos sœurs prolétaires les moins politisées. Elles ne pouvaient pas aider, mais ont tourné leur attention vers les réunions, les manifestations, les affiches, les tracts et les journaux qui étaient consacrés à la journée de la femme. Même l’ouvrière politiquement arriérée s’est dit à elle-même : « Ceci est notre journée, le festival pour les ouvrières », et s’est précipitée aux meetings et aux manifestations. Après chaque journée internationale de la femme, plus de femmes rejoignent les partis socialistes et les syndicats grandissent. Les organisations se sont améliorées et la conscience politique s’est développée.

La journée de la femme a encore servi à une autre fonction : elle a renforcé la solidarité internationale des travailleurs. Les partis des différents pays échangent habituellement des conférenciers pour l’occasion : des camarades allemands vont en Angleterre, des camarades anglais vont en Hollande… La cohésion internationale de la classe ouvrière est devenue solide et ferme et cela signifie que la force combattante du prolétariat en tant qu’ensemble a grandi.

Source: Cahiers du Cermtri n° 173-174
Dossier : Émancipation des femmes et révolution
Deuxième partie : Conquête de droits et lutte pour le socialisme
Juin 2020 p. 19

 

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