[:fr]La liberté de conscience et de corps des femmes remise en cause en Belgique ![:]


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Le 25 mai 2018, le CLP-KVD s’est félicité de l’éclatante victoire du oui (plus de 66%) au référendum portant sur l’abrogation du 8ème amendement de la Constitution de la République d’Irlande qui interdisait de fait tout avortement en protégeant « l’enfant à naître » au nom de son droit à la vie « égal à celui de la mère ». L’avortement passible de la prison à vie jusqu’en 2013 et de 14 ans de détention depuis cette date, vient d’être enfin légalisé ce 13 décembre 2018.

Mais l’IVG est toujours un droit conquérir, à défendre !

Les Eglises et singulièrement l’Eglise catholique sont toujours farouchement opposées au droit des femmes (et des hommes) à avoir ou ne pas avoir des enfants au nom d’un dogme selon lequel, seul dieu est maître de la vie de la naissance à la mort. Pour preuve de ceci, dans nombre de pays européens – pour ne parler que de l’Europe -, sous l’influence de l’Eglise, le droit des femmes à disposer de leur corps (à l’avortement) est toujours interdit, régresse ou est remis insidieusement en cause. Ainsi, brièvement (1):

A Malte, en Andore, à Saint-Marin et au Vatican de bien entendu, l’avortement est toujours interdit.

En Hongrie, le droit à la vie dès la conception a été inscrit dans la Constitution en 2011 rendant ainsi caduc le droit à l’avortement.

Au Portugal, l’IVG est légalisée et gratuite en 2007. La loi a été modifiée en 2015 : tous les frais liés à l’arrêt de leur grossesse sont à charge des femmes et devront de plus se soumettre à un examen psychologique approfondi si elles souhaitent avorter.

En Pologne, depuis 1993, sous la pression de l’Église catholique, l’IVG n’est autorisé qu’en cas de viol ou d’inceste, de risque pour la santé ou pour la vie de la mère, de malformation fœtale. Après avoir tenté de l’interdire totalement en 2016, le gouvernement a tenté de le restreindre encore davantage en revenant sur son autorisation en cas de malformation.

En Italie, si l’IVG est légalisée depuis 1978, dans la pratique il est fortement restreint: 80% des médecins, voire 90% dans certaines régions, invoquent «la clause de conscience» pour refuser de la pratiquer. 50 000 avortements clandestins ont lieu chaque année.

En Espagne, le gouvernement conservateur a fait adopter en 2015 une loi interdisant aux mineures d’avorter sans le consentement de leurs parents.

Au Royaume-Uni, l’IVG n’est possible que si deux médecins donnent leur accord, pour raisons médicales (menaces pour la santé de la mère, enfant malformé ou handicapé) ou sociales.

En France, le droit à l’IVG se trouve restreint par d’une part les politiques de coupes budgétaires qui touchent les centres d’IVG et d’autre part par le positionnement de certains médecins qui avancent leur clause de conscience pour imposer leur dogme religieux à toutes et à tous alors même qu’ils travaillent dans des centres hospitaliers publics.

Qu’en est-il en Belgique ?

En Belgique, L’entreprise ecclésiastique de lutte contre le droit des femmes à disposer librement de leur corps produit à nouveau ces effets criminels. Qu’en en juge :

Ce 13 décembre 2018, le gouvernement conservateur a fait voter une loi accordant la qualité « d’enfant » aux fœtus de 140 jours. Cette loi outre qu’elle induit qu’il s’agit d’une personne et non d’un fœtus, donne désormais la possibilité d’inscrire un enfant sans vie dès 140 jours de conception à l’État Civil. Cerise sur le gâteau, et ce sans même l’accord de la mère. Pour rappel, l’article 80bis du Code Civil énonce que tout fœtus né sans vie, de moins de 180 jours après sa conception n’a aucune existence sur le plan légal.

« le pas suivant sera une reconnaissance dès le premier jour de grossesse »

Pour ce faire, la majorité a d’une part entretenu volontairement une confusion sémantique entre « enfant » et « fœtus », confusion utilisée par les opposants pour qualifier l’avortement comme un infanticide et a d’autre part instrumentalisé l’exemple des Pays-Bas en énonçant que le droit à l’avortement et le droit à la reconnaissance au fœtus coexistent mais en omettant sciemment de mentionner que la loi des Pays-Bas sur l’IVG est la plus progressiste d’Europe (22 semaines) et que l’enregistrement du fœtus mort-né ne peut en aucun cas s’opposer au droit à l’avortement.

L’inscription, même facultative, au registre de l’État Civil en Belgique risque d’être fatale au droit à l’avortement (sans parler des obstacles aux recherches sur les tissus fœtaux) lorsqu’on entend les propos de la députée Goedele Uyttersprot qui a avancé que « le pas suivant sera une reconnaissance dès le premier jour de grossesse ». (2)

« l’avortement doit rester une infraction pénale, sinon il deviendrait un droit »

Cette dernière loi s’inscrit dans une politique inquiétante quant aux droits des femmes à disposer de leur corps. En effet, elle se rajoute à celle du 20 février 2017 qui permet au coparent non marié de procéder à la reconnaissance prénatale d’un enfant dès sa conception, et à celle du 15 octobre 2018 qui maintient les sanctions pénales car suivant en cela la position de l’Église catholique, pour laquelle l’avortement doit rester une infraction, sinon il deviendrait un droit ! (3)

La voix des évêques a toujours été plus importante pour les politiciens de droite
que la voix, la vie, la santé et l’autonomie des femmes.

Ces trois lois – initiées par le parti chrétien flamand (CD&V) et soutenues par son alter ego francophone (CDH) – prouvent que le droit à l’IVG, conquis en 1990 et porté par Mme Herman-Michielsen et Mr. Roger Lallemand au Parlement est menacé par les offensives réactionnaires des religions.

Derrière ces lois liberticides, se trouvent les militants anti-choix soutenus par l’Église catholique. Son représentant, le dénommé pape François, expliquait encore récemment que le recours à l’IVG équivalait à recourir à un tueur à gage, comparait l’avortement en cas de handicap aux méthodes utilisées par les nazis, dénonçait l’avortement comme une culture du déchet… L’Eglise n’a jamais quitté la scène politique.

Le combat pour le droit à l’avortement n’est pas un combat exclusivement féministe !
C’est aussi un combat des Humanistes contre les réactionnaires !

Simone de Beauvoir disait : « Rien n’est jamais définitivement acquis. Il suffira d’une crise politique, économique, ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Votre vie durant, vous devrez rester vigilants. ». Nous y sommes !

Bruxelles, 15 décembre 2018

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(1) Pour plus des informations détaillées, le lecteur peut se reporter aux études effectuées par le Conseil des Femmes Francophones de Belgique et par le Centre d’Action Laïque.

(2) La reconnaissance du fœtus et de l’enfant sans vie adoptée par la Chambre. https://www.levif.be/actualite/belgique/la-reconnaissance-du-foetus-et-de-l-enfant-sans-vie-adoptee-par-la-chambre/article-normal-1067171.html

(3) « […] supprimer l’avortement du Code pénal, c’est prendre le risque d’en faire une intervention médicale anodine. Non seulement, dans les cas prévus par la loi, l’avortement ne sera plus considéré comme une infraction. Il deviendra un droit. » Déclaration des évêques de Belgique du 15 juin 2018. https://www.cathobel.be/2018/06/15/102329/

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