Le CLP-KVD salue le sang froid de la jeunesse face aux violences policières   Recently updated !


« Sauvons la liberté ! La liberté sauvera le reste ! » Victor Hugo

Depuis des semaines, une vague de mobilisation sans précédent déferle sur la Belgique. Jamais autant de athénées, d’écoles, de hautes écoles et d’universités ne se sont soulevés simultanément. Des dizaines de milliers de jeunes sont descendus dans la rue — à Bruxelles et Lièges d’abord, puis partout dans le pays — pour dire leur colère face à la dégradation de leurs conditions d’étude et de vie, pour défendre l’enseignement, les soins de santé, le pouvoir d’achat, tout simplement leur avenir. Ce mouvement est massif, historique, et profondément légitime. Réponse des pouvoirs publics : la matraque, les gaz lacrymogènes, les nasses, les arrestations en masse — et désormais la confiscation du sérum physiologique, des lunettes de protection, des masques, des pancartes et des calicots.

Le Cercle de Libre Pensée-Kring voor het Vrije Denken (CLP-KVD) dénonce avec la plus grande fermeté cette répression qui s’abat sur une jeunesse qui n’a jamais cessé de revendiquer pacifiquement.

Confisquer les protections, c’est exposer les manifestants

Le 24 octobre 2026, à l’occasion d’un rassemblement pacifique de jeunes aux abords de la gare centrale de Bruxelles, la police s’est autorisée à saisir — « sans motif légitime » — des équipements de protection individuelle : lunettes de protection, masques chirurgicaux, sérum physiologique, mais aussi des moyens d’expression : pancartes et calicots.

La police bruxelloise reconnaît elle-même que ces objets « ne sont pas prohibés en eux-mêmes ». Elle invoque de prétendues « mesures préventives » prises « au regard du contexte concret de la manifestation », et s’appuie sur l’article 30 de la loi sur la fonction de police. Cet article permet la saisie d’objets « qui présentent un danger pour la vie ou l’intégrité physique des personnes ». Posons la question qui fâche : en quoi une pipette de sérum physiologique, des lunettes de piscine, un masque chirurgical ou une pancarte en carton présentent-ils un danger pour l’intégrité physique de quiconque ? Ces objets ne sont des armes ni par nature, ni par destination. Le seul fait de détenir un masque sanitaire ou des lunettes de protection ne caractérise nullement un délit de dissimulation du visage.

La vérité est ailleurs, et elle est accablante : ces confiscations visent à priver les manifestants des moyens de se protéger contre les gaz lacrymogènes massivement employés par la police lors des précédentes mobilisations. Autrement dit, l’État gaze des lycéens, puis leur interdit d’atténuer les effets du gaz. Ce n’est plus du maintien de l’ordre, c’est une politique délibérée de dissuasion. Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la Ligue des droits humains, l’a dit sans détour : « C’est illégal. Il n’existe pas de raison pour saisir du sérum physiologique, des masques ou des pancartes dans une manifestation. » Et d’ajouter que cette pratique a pour but de « dissuader les gens de retourner dans une manifestation par la suite ». Les témoignages reçus par la LDH depuis plusieurs jours attestent qu’il ne s’agit pas d’une pratique isolée.

Les Jeunes FGTB avaient déjà documenté, dès le 9 octobre, des fouilles jugées agressives aux abords de la gare de Bruxelles-Central, la confiscation de sérum physiologique et de médicaments, des numéros de matricule illisibles, un cortège paisible coupé en deux, encerclé puis chargé au motif que les manifestants « n’avançaient pas assez vite ». Des dizaines de fioles de sérum ont dû être distribuées à des élèves, des étudiants — et jusqu’à un caméraman de presse.

Un État qui prétend autoriser la contestation

Plus grave encore : la police a fait savoir que la manifestation n’était « tolérée » qu’« à condition qu’aucune irrégularité n’ait lieu », et le débat public a révélé l’exigence d’une autorisation préalable pour manifester. Or exiger d’un citoyen la permission de l’État pour exprimer son désaccord avec l’État, c’est renverser le rapport démocratique fondamental : dans une démocratie, c’est le pouvoir qui rend des comptes au peuple, et non le peuple qui demande la permission de parler.

L’article 26 de la Constitution belge garantit le droit de réunion paisible et non armée. L’article 20 de la Déclaration universelle des droits de l’homme garantit la liberté de réunion pacifique. L’article 19 garantit que « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Saisir une pancarte, un calicot, c’est saisir une opinion. C’est une censure à froid, exercée arbitrairement par des agents sur la voie publique, contre des citoyens dont le seul « délit » est d’afficher un message déplaisant au pouvoir.

On nous objectera la « tolérance » accordée à la manifestation. Le mot dit tout : on tolère ce que l’on pourrait interdire. On tolère un gêneur, pas un droit. Le droit de manifester ne se tolère pas, il s’exerce — et l’État a le devoir de le protéger. Nous adhérons aux propos de Mirabeau (1749-1791) qui déclarait avec raison : « La Tolérance est le fait du Prince ». En effet, la tolérance nécessite un pouvoir qui tolère et des sujets qui sont tolérés. Cela établit donc de fait une hiérarchie entre celui qui tolère et celui qui est toléré.

Contre cette conception, les Constituants de 1789 vont établir un autre principe qui va marquer l’Humanité : l’Égalité des Droits, l’Égalité en Droits. Tous sont égaux, il n’y a pas de hiérarchie politique, car « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » (Article 1er de la Déclaration). Et cela simplement parce que tous « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » (idem). On passe ainsi d’un système où l’individu est un Sujet à un autre qui remplace le Sujet par le Citoyen égal en droit.

Quant à l’exigence faite aux organisateurs de « garantir l’absence de débordements », elle relève de la mauvaise foi la plus grossière : aucun organisateur au monde ne peut garantir un tel résultat. Il appartient à l’État de protéger les citoyens et la manifestation, non aux citoyens de faire la police à la place de la police. La CNAPD a raison de refuser « cette vision autoritaire de la sécurité, dans laquelle chaque revendication sociale appelle une réponse policière et chaque crise justifie une nouvelle escalade répressive ».

Quintin et la connivence politique

Face à ces faits, que dit le ministre de l’Intérieur, M. Bernard Quintin ? Il se félicite du « professionnalisme » et de la « fermeté » des forces de police. Pas un mot sur les lycéens gazés. Pas un mot sur les confiscations illégales. Pas un mot sur les centaines d’arrestations administratives et judiciaires. Pas un mot sur les témoignages qui s’accumulent, les vidéos, les appels de la LDH, d’Amnesty International, de la CNAPD, des organisations de jeunesse ni sur la carte blanche publiée au Soir par un collectif de citoyens et de chercheurs — « Nous ne pouvons plus garder le silence sur les violences policières à l’égard de notre jeunesse » — qui dénonce l’« utilisation massive et indiscriminée du gaz lacrymogène » contre des mineurs et documente une continuité systémique bien au-delà du seul épisode du 9 octobre. Tous demandent — simplement — que la loi soit respectée par ceux qui sont chargés de la faire respecter. L’impunité de policiers qui violentent des manifestants sans avoir quasiment de compte à rendre devient insupportable.

Cette approbation ministérielle n’est pas un détail de communication : c’est un blanc-seing politique. En couvrant les pratiques des zones de police plutôt que d’y répondre, le ministre transforme un problème de dérive policière en doctrine de gouvernement. La « fermeté » dont il se prévaut n’est rien d’autre que l’assurance donnée aux forces de l’ordre qu’aucune limite, aucune vérification, aucune sanction ne viendra entraver leur action. C’est précisément contre cette conception du pouvoir — le ministre qui couvre, la police qui décide, le citoyen qui se tait — que la libre pensée s’est toujours dressée.

Signalons au passage, car il en dit long sur l’état d’esprit des répondants, la question posée aux jeunes lors des précédentes manifestations et que la Libre Belgique rapporte : « La police n’est pas violente, ça crève les yeux ! » Non, la police n’est pas violente — elle gaze les yeux de lycéens de quinze ans. La formule, ironique, dit mieux qu’un long discours le déni d’État dans lequel nous sommes plongés.

Le sang-froid d’une génération que l’on veut faire taire

Il faut pourtant le dire, et le souligner : le plus remarquable dans cette séquence, c’est le calme de ces jeunes. Face aux provocations policières, aux fouilles humiliantes, aux charges, aux gaz, aux confiscations absurdes, ils n’ont cessé de manifester avec une discipline et un sang-froid confondants. Des dizaines d’établissements scolaires se mobilisent semaine après semaine, sans faiblir, toujours pacifiquement. C’est un mouvement joyeux, déterminé, organisé — une école de citoyenneté vécue, à l’heure où l’on pleure partout la « désaffection » des jeunes pour la politique. Et c’est précisément cette génération-là, exemplaire dans l’exercice de ses droits, que l’on matraque, que l’on gaze, que l’on naisse, que l’on arrête, que l’on dépossède de ses pancartes.

Car ce n’est pas un hasard si la cible est la jeunesse : elle est le symptôme le plus visible de la contestation sociale. On l’a bien compris, derrière chaque lycéen dans la rue, il y a une famille, un quartier, une école qui se soulève contre des politiques de casses sociales et liberticides. Réprimer les jeunes, c’est dissuader la société entière. Traiter une partie de la population comme une menace en soi, c’est l’acte de naissance de toutes les dérives autoritaires.

La Démocratie est en danger !

Il est clair qu’il ne s’agit plus de « bavures policières » ou de « dérapages ». C’est un véritable système qui est mis en place pour terroriser la population, en utilisant bien souvent la police en contradiction avec les missions initiales qui lui sont dévolues. C’est au plus haut sommet de l’État que sont organisées ces violences et ces provocations contre le droit de manifester une autre opinion que celle du Gouvernement.

La police n’a pas à être la garde prétorienne du régime. Elle a pour mission de protéger les citoyens et leurs droits — y compris le droit de manifester donc d’exprimer leurs opinions — et non de les intimider ou de les dissuader d’exercer leurs libertés. La sécurité publique ne saurait devenir un prétexte à la restriction arbitraire des libertés individuelles et collectives : c’est au nom de la sécurité qu’on vide la démocratie de sa substance.

Le CLP-KVD condamne ces violences policières d’État et appelle à la constitution d’une Commission d’enquête indépendante pour apporter toute la lumière sur les agissements du gouvernement et de sa police.

Les libertés ne se négocient pas, elles se défendent. Le droit de manifester, la liberté d’expression, le droit de contester les décisions des gouvernants ne sont pas des concessions accordées par le pouvoir : ils sont les piliers de toute démocratie. Une société qui gaze sa jeunesse parce qu’elle réclame des salles de cours décemment chauffées, des soins accessibles et un avenir viable n’est pas en sécurité : elle est en danger. En danger de perdre ce qui la définit.

La jeunesse de ce pays n’est pas une menace. Elle est la composante la plus vivante, la plus lucide et la plus courageuse de la vie démocratique. Elle a été frappée pour avoir osé le dire. Le Cercle de Libre Pensée (CLP-KVD) se tient à ses côtés et rejoint toutes les organisations démocratiques qui exigent que la lumière soit faite, que les responsabilités soient établies, et que de telles pratiques ne puissent jamais se reproduire.

Le mouvement légitime de protestation de la jeunesse doit pouvoir se poursuivre, leur expression doit être respectée, c’est un impératif démocratique.

Bruxelles, 24 Vendémiaire CCXXXV

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Sources :

  • Jeunes FGTB : demande de comptes à Bernard Quintin et Philippe Close après la manifestation du 9 octobre, BX1
  • Confiscation de lunettes et de sérum physiologique : la police se défend, BX1
  • « Mobilisation de la jeunesse : la police se défend d’avoir agi illégalement », L’Avenir, Le Soir
  • CNAPD, « La jeunesse s’engage, le gouvernement réprime » (CNAPD)
  • Prises de position de la Ligue des droits humains (P.-A. Perrouty) et d’Amnesty International Belgique francophone
  • Communiqués et positions du CLP-KVD
  • Carte blanche du Soir : Le Soir