Exégèse. Alléluia, l’Encyclique nouvelle est arrivée !   Recently updated !


Dans ce texte, Christian Eyschen de la Fédération Nationale de la Libre Pensée (FNLP)  propose une lecture critique de l’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV, consacrée à l’intelligence artificielle et à la dignité humaine. Loin de l’enthousiasme de certains milieux catholiques, il y relève une continuité doctrinale marquée par des contradictions historiques et politiques. À travers une analyse incisive, Christian Eyschen interroge les prises de position du Vatican sur la guerre, le capitalisme et le progrès technique. Cette exégèse entend ainsi confronter le discours pontifical à ses implications concrètes et à son héritage. Elle s’inscrit dans une perspective rationaliste et critique, propre à la tradition de la Libre Pensée. Une analyse salutaire.

Alléluia, l’Encyclique nouvelle est arrivée !

Annoncée comme le Messie, le petit monde catholique est en effervescence : la Première Encyclique du nouveau Pape Léon XIV est sortie, on allait enfin savoir de quel Saint-bois-de-Buis il se chauffait. Nous n’avons pas été bouleversés par la « Bonne-Nouvelle « (Évangile dans le texte). Cette Encyclique ne sera pas celle du Siècle, même si celui-ci est court. Comme le disait l’Ecclésiaste : « il n’y a jamais rien de nouveau sous le soleil ». C’est même carrément un peu faible pour ce que certains catholiques enamourés considèrent comme « Prophétique ».

Cette Encyclique Magnifica Humanitas « du Saint-Père Léon XIV » traite de « la protection de la personne humaine à l’ère de l’Intelligence artificielle ». « Magnifique Humanité », c’est bon pour l’annonce et cela ne mange pas de pain, même béni. Il y a dedans deux ou trois formules qui se veulent percutantes sur le plan de la Communication comme « Désarmons l’Intelligence artificielle », ce qui évite toujours de parler de la bêtise naturelle, c’est moins vendeur.

La formule est belle, mais on reste confondu par l’explication : « Désarmer l’IA, c’est la soustraire à la logique de la compétition armée qui n’est plus aujourd’hui seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. C’est la course à l’algorithme le plus performant et à la banque de données la plus vaste dans le but de consolider un avantage géopolitique ou commercial sur tous les autres. Désarmer, c’est rompre cette équivalence entre la puissance technique et le droit de gouverner. Désarmer ne signifie pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’Humain. »

Vraiment, il n’y a pas de quoi se relever le matin et l’Ecclésiaste a raison : rien de nouveau sous le soleil. Ce que décrit l’Encyclique porte un nom depuis longtemps : le Capitalisme et l’Impérialisme. Depuis quand le Vatican se prononce contre ? Il a toujours trouvé le Capital légitime et ce qui se passe aujourd’hui avec l’IA en est sa conséquence logique. « On juge un arbre à ses fruits » (Mathieu 7-6), si les fruits son mauvais, c’est que l’arbre est mauvais. On ne peut trouver l’arbre légitime et condamner ses fruits. On est là dans la plus pure hypocrisie.

Autre banalité confondante : « Que la paix soit avec vous ! C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante ». C’est beau comme l’Antique, mais le Vatican a-t-il jamais condamné les « paix armées » ? A-t-il un jour condamné la formule « Si tu veux la Paix, préparer la Guerre » ? (En latin, cela donne : Si vis pacem, para bellum) Cela vient de Végèce, un écrivain romain qui conseillait les Empereurs qui seront soutenus après Constantin par l’Église. La Curie romaine s’est-elle un jour prononcée pour le Désarmement unilatéral ? Pas que nous sachions. Autre formule bateau : il faut que « l’industrie de la guerre cède la place à l’artisanat de la paix ». Que fait concrètement le Vatican pour cela ? On est dans la généralité abstraite.

Autre détail plaisant et quelque peu falsifié historiquement : « Les organisations syndicales, que l’Église a toujours soutenues. » Alors pourquoi l’Église a-t-elle créé la CFTC en 1919 (devenue la CFDT en 1964) contre la CGT et « sa doctrine pernicieuse de la Lutte des Classes » ? À notre connaissance, les seuls « Syndicats » soutenus officiellement par le Vatican furent les syndicats fascistes de Mussolini dans l’Encyclique Quadragesimo anno, qui constituaient son modèle à mettre en œuvre partout.

À propos de la Guerre, du Colonialisme et de l’Esclavage

Il arrive parfois que le Vatican dise quelques vérités qui se suffisent à elles-mêmes : « Cependant, nous ne pouvons nier ni minimiser le retard avec lequel l’Église et la société ont condamné le fléau de l’esclavage. Si, dans l’Antiquité et au Moyen-Âge, de nombreuses personnes et institutions ecclésiastiques avaient des esclaves, dès l’époque moderne, le Siège Apostolique romain, sollicité par les demandes des Souverains, est intervenu à plusieurs reprises pour réglementer et légitimer les modalités de soumission et, dans certains cas, de réduction en esclavage des “infidèles”.

Il faut attendre le XIXe siècle pour trouver une condamnation formelle, absolue et universelle de l’esclavage, notamment avec Léon XIII…. L’Église ayant longtemps toléré l’esclavage et n’en étant venue qu’ensuite à le condamner de manière absolue, il est inévitable d’éprouver une profonde douleur en considérant l’énorme souffrance et l’humiliation que l’esclavage a signifiées pour tant de personnes, infiniment aimées par le Seigneur, en contraste avec leur dignité sans limites. C’est pourquoi, au nom de l’Église, je demande sincèrement pardon ».

Notons que, comme à chaque fois que le Vatican reconnait ses turpitudes, c’est en expliquant que le Vatican était comme les autres (« l’Église et la société » coupable à parts égales de l’Esclavage), la faute est donc moindre puisqu’elle est partagée. Ceci dit « Belle Abbesse », il est quand même problématique de faire porter la Mitre aux autres, quand on prétend exercer un « Magister Moral et Spirituel » au-dessus de la Société pour la guider en toute chose.

Il y a cependant un concept nouveau intéressant qui n’est pas expliqué vraiment, mais qui peut faire réfléchir à l’aune de la situation actuelle, c’est « la Guerre Mondiale par morceaux ». Le Pape ne va pas plus loin dans l’explication, car il faudrait alors qu’il parle de la responsabilité de l’Impérialisme américain, un des principaux fauteurs de Guerre dans cette « Guerre mondiale par morceaux ». Il y a déjà plusieurs motifs de discorde entre Trump et Léon XIV, sans en rajouter, mais l’expression permet d’indiquer que « Retenez-moi, ou je fais un malheur ». C’est la menace dissuasive pour faire baisser la pression et resté en position de discussion. N’oublions jamais que l’Affaire des crimes sexuels du Clergé est partie de Boston, berceau des WASP.

Il s’agit du fait que, contrairement à ce que l’on a pu connaitre dans le passé, il n’y a pas deux Blocs en présence, qu’on appelle comme on veut, mais une multipolarité d’antagonismes. Ce qui n’empêche pas que la Conflit à venir et qui a déjà commencé est mondial, mais il y a pour l’instant un certain éclatement des conflits. Il n’y a pas UN Front, mais DES Fronts.

Pour le Vatican, il semblerait que la course aux armements dans une Économie de guerre toujours croissante est une chose nouvelle. Surprenant, c’est toute l’Histoire du XXe siècle ! « Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à un véritable changement de paradigme dans le discours public et dans les choix en matière de réarmement, avec une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu’instrument de politique internationale, tandis que les critères éthiques mêmes qui en avaient limité l’usage sont progressivement érodés.

Les conflits régionaux qui s’éternisent, l’escalade des tensions et les menaces réciproques deviennent presque habituels, et des formes de conflit pour l’expansion territoriale que l’on croyait dépassées réapparaissent. » Il s’agit là d’une bien auguste fadaise, depuis l’avènement de l’Impérialisme « stade suprême du Capitalisme » (Lénine), en gros depuis le Premier Conflit Mondial de 1914-1918, le Monde n’a jamais connu de véritable Paix. Les conflits armés n’ont jamais cessé de se dérouler avec ses lots de massacres à la clé.

Il est aussi à noter que jamais non plus le Vatican n’a prononcé un quelconque remord ou regret, et encore moins une demande de pardon pour la question du Colonialisme qu’elle a toujours soutenu de bout en bout, car il était l’expression de « la Civilisation apportées aux Peuples inférieurs ». Je vous renvoie au Numéro 33 de notre Collection Arguments sur « La Question Noire », en particulier au chapitre « Pouvoir, Religion et Colonisation ».

Enfin, the last but not the least, il aurait été marquant, dans la situation actuelle, que le Pape Léon XIV, puisqu’il parle de la Guerre et des Nouvelles-Technologies qui y contribuent massivement, prenne position publiquement contre le Génocide à Gaza, Génocide commis en direct avec l’Intelligence artificielle. Il dit seulement et sans jamais citer Gaza et le Peuple palestinien qui est massacré : « Il y a des conflits où il n’est pas juste de rester neutre et où il ne suffit pas de s’estimer “ne pas être complice”.

Lorsque nous sommes devant des bombardements sur des civils, des attaques contre des hôpitaux, des écoles ou des infrastructures vitales, des violences qui frappent des enfants, nous sommes face à des scandales qui blessent l’humanité elle-même. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous cantonner à des analyses abstraites. »

C’est pourtant ce que font le Vatican et lui en particulier : « rester neutre et faire des analyses abstraites ». Ce silence en rappelle un autre, celui de Pie XII sur les Juifs massacrés par les Nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et pourtant, il y aurait de quoi dire. Par exemple, qu’avant le 7 octobre 2026, il y avait à Gaza 1 200 Palestiniens de confession chrétienne. Combien en reste-t-il aujourd’hui après les massacres et les bombardements israéliens ?

Les témoignages affluent : lors de ses bombardements les Chrétiens-Palestiniens se sont réfugiés dans des églises encore debout. Tsahal en a profité pour les bombarder sans répit, ce qui a fait des centaines de morts qui se sont ajoutés aux milliers d’autres. Selon plusieurs experts, il ne restera quasiment plus aucun Palestiniens-Chrétiens après les tueries sionistes à Gaza. C’est toute une Confession religieuse qui va être détruite dans le feu, le fer et le sang. Je conseille fortement de lire à ce sujet l’ouvrage de Khaled A.Beydoun « Témoins du Génocide à Gaza » aux Éditions La Dissidence : www.ladissidence.fr

La Libre Pensée accuse

Qu’ont fait les Églises chrétiennes, Protestantes, Catholique, Orthodoxes, Évangéliques, Pentecôtistes, pour défendre les Chrétiens en Palestine ? Ce sont pourtant vos Fidèles. De l’extrême-droite à certaine fausse « Gauche », c’est le silence le plus éhonté, quand ce n’est pas le plus souvent un soutien sans réserve aux Fascistes-Sionistes qui massacrent le Peuple Palestinien.

On voit bien que ce silence et cette complicité honteuse dans le Grand Massacre sont le produit que « pour tous ces gens-là » : ces Palestiniens avant d’être Chrétiens, sont surtout des Arabes et que contre les Arabes, présumés tous « Terroristes », on peut tout se permettre.

On voit bien là toute l’hypocrisie des religions, le Sabre va toujours avec le Goupillon, c’est ce que nous enseignent les lois de l’Histoire, qui seront toujours plus fortes pour établir la Vérité et juger les Coupables. Le jour du Nuremberg du Sionisme, beaucoup devront comparaitre pour répondre de leurs crimes ou de leurs complicités avec les crimes.

Ils devront répondre de leurs faits, de leurs mots, de leurs silences.

La Doctrine sociale de l’Église comme seul chemin possible pour l’Humanité

L’essentiel du document consiste à présenter à nouveau la Doctrine sociale de l’Église « remède à tous les maux de notre époque », selon une ancienne expression. Comme dans chaque exercice en cette matière, il y a toujours un long rappel des textes antérieurs, avec quelques fois des modifications introduites subrepticement, comme par exemple, une critique de la conception de « guerre juste », pourtant un classique de la Doctrine de l’Église, et utilisée pour justifier tous les massacres qu’elle soutenait.

« Aujourd’hui plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict. »

Le Pape montre son inquiétude sur la privatisation de la Guerre : « La situation est encore plus instable en raison de la présence de nouveaux protagonistes armés – groupes djihadistes, milices privées, réseaux criminels – qui marquent la fin du monopole de l’État sur la force. ». Pourtant, ce n’est qu’une manière de pratiquer la Subsidiarité : ne jamais confier à un organisme de rang supérieur ce qui peut être sous-traité en dessous. En résumé : la Guerre OUI, mais par les États seulement.

Tout est permis « même si tout n’est pas profitable » (Paul de Tarse dit « saint »), à la condition unique que cela soit fait sous le Magistère de l’Église « Maitresse après Dieu ». « Cette attitude de dialogue fait partie intégrante de la vocation de l’Église, car celle-ci, constituée « dans le Christ », en quelque sorte comme le sacrement […] de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain »,

Pas un seul Pape qui a parlé et écrit sur la Doctrine sociale de l’Église n’a été oublié et surtout, il y a une forte insistance du rôle du Pape François, pour bien montrer, sans doute au désespoir de quelques-uns, que Léon XIV s’inscrit dans ses pas.

Comme toujours, sur le sujet, les éléments fondamentaux sont rappelés : la Propriété est d’ordre divin, elle doit être respectée. L’exploitation économique et sociale n’est jamais critiquée. Tout cela est acceptable pour le Vatican, à condition d’y ajouter de « l’Amour » bien sûr. Comme le disait naguère un Dirigeant du Centre Français du Patronat Chrétien : « je peux licencier avec amour les salariés » et les exploiter « avec charité ».

« Il existe un Droit à la propriété privée qui possède son sens et sa fonction propres, mais toujours subordonné à la destination universelle des biens. Selon Jean-Paul II, cette subordination est la règle d’or du comportement social et le « premier principe de tout l’ordre éthico-social ». La tradition de l’Église a vu dans la propriété un moyen de préserver et d’administrer les biens afin qu’ils puissent mieux servir le bien commun. »

Comme toujours, le Maître-Mot rappelé à satiété est celui de la Subsidiarité qui est mis à toutes les sauces : « De même, elle reconnaît le potentiel positif du marché et de l’initiative privée uniquement s’ils restent soumis à la loi morale et guidés par le principe de solidarité sans sacrifier les plus faibles à la logique du profit. »

L’Encyclique définit que les Principes de Solidarité et de Subsidiarité sont consubstantiellement liés : « Le lien étroit entre Subsidiarité et Solidarité apparaît ainsi évident. Lorsque la Subsidiarité n’est pas accompagnée de Solidarité, elle finit par se transformer en simple défense d’intérêts particuliers ; lorsque la Solidarité n’est pas soutenue par la Subsidiarité, elle dégénère en assistanat qui ne favorise pas la responsabilité ».

Mais entendons-nous bien, la Solidarité est entre Chrétiens uniquement : « Pour la Communauté chrétienne, la Solidarité trouve sa source dans le mystère du Christ et se nourrit de l’Eucharistie. Elle naît de la Communion dans la foi et dans les Sacrements : le Baptême et la Confirmation nous unissent au Christ, pour faire de nous un seul corps et un seul esprit, un seul cœur et une seule âme (cf. Ep 4, 4 ; Ac 4, 32). L’Eucharistie, sacrement de l’unité, nourrit notre appartenance au Corps du Christ et nous éduque au partage. Les différentes sensibilités présentes dans l’Église, les convictions fortes qui animent chacun, sont une richesse si elles restent ancrées dans la certitude de l’unité comme don reçu et tâche à assumer. »

La Science toujours interdite d’aller au-delà du Missel  (Victor Hugo)

L’axe central du texte est la confrontation entre deux paraboles bibliques : la Tour de Babel et la reconstruction de Jérusalem par Néhémie pour servir Dieu. Rappelons que dans la Légende Mythique, Babel est le symbole de la volonté des hommes de se passer de Dieu et de construire une Tour pour aller voir ce qui se passe au ciel, ils voulaient être en quelque sorte l’égal du Divin. « Dieu », pour se venger, les dispersa en une multitude et leur fit parler un grand nombre de langues pour qu’ils ne se comprennent pas. C’est pourquoi, il y a le refus manifeste d’une seule langue universelle, la Numérique, alors que le Vatican n’en connait qu’une, supérieure à toutes les autres : le Latin, à la fois langue officielle et langue sacrée.

C’est pourquoi, l’Encyclique attaque aussi Prométhée (une « autosuffisance renforcée ») et tout ce qui s’y rattache. Le Titan volait le feu aux Dieux et le donnait aux Hommes pour qu’ils deviennent des Dieux à leur tour. Karl Marx avait repris l’idée en écrivant que les Travailleurs dans la Commune de Paris en 1871 « étaient montés à l’assaut du ciel ». L’Encyclique cite aussi Romano Guardini : « L’homme moderne n’a pas reçu l’éducation nécessaire pour faire un bon usage de son pouvoir ».

« L’entreprise semble colossale : une seule langue, une seule technologie, une seule direction. Cependant, le projet cache un piège profond : c’est une œuvre conçue sans référence à Dieu, soutenue par une uniformité qui élimine la diversité et, au lieu de la communion, choisit l’homogénéisation. Lorsque la cité est construite sur l’orgueil et la prétention à se suffire à elle-même, la communication se dégrade, les langues se confondent et les êtres humains ne se comprennent plus. Le résultat n’est pas l’unité, mais la dispersion. Babel révèle ainsi la limite de toute construction qui, aussi grandiose soit-elle, naît de l’absolutisation de l’humain et de sa prétention à l’autosuffisance, sacrifie la dignité des personnes à l’efficacité et aspire à atteindre le ciel sans la bénédiction de Dieu. »

Pour le Vatican, l’Intelligence artificielle, le Numérique et les Réseaux sociaux s’apparentent à la volonté de bâtir une nouvelle Tour de Babel où l’Homme échappe à Dieu : « L’Esprit-Saint nous interpelle aujourd’hui sur notre rapport à la technique et à la Révolution numérique en cours. Les découvertes scientifiques sont un talent confié à l’Humanité afin qu’elle le fasse fructifier (cf. Mt 25, 14-30). La Technologie peut soigner, relier, éduquer, protéger la Maison commune ; mais elle peut aussi diviser, rejeter, engendrer de nouvelles injustices.

En théorie, elle n’est pas en soi une solution aux problèmes de l’Humanité, tout comme elle n’est pas en soi un mal ; mais concrètement, elle n’est pas neutre, car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent. C’est pourquoi le premier choix ne se situe pas entre un “oui” ou un “non” à la Technologie, mais entre bâtir Babel ou reconstruire Jérusalem ; entre un pouvoir qui prétend dominer le ciel et un peuple qui, en présence de Dieu, se met à travailler de manière unie pour relever les murs de la cohabitation fraternelle.

Évitons donc le syndrome de Babel” : l’idolâtrie du Profit qui sacrifie les plus faibles, l’uniformité qui gomme les différences, la prétention d’un langage unique – y compris numérique – capable de tout traduire, même le mystère de la personne, en données et en performances. C’est là le risque de la déshumanisation – construire l’avenir en excluant Dieu et en réduisant l’autre à un moyen –, une tentation ancienne et toujours nouvelle qui prend aujourd’hui aussi un visage technique…

Telle est la bénédiction que nous implorons de Dieu et la tâche qui nous attend : être des bâtisseurs de Communion et non des architectes de Babel ; des serviteurs du Royaume à venir et non des maîtres de donjons voués à s’effondrer. Et, avec l’âme d’un Pasteur et d’un Père, je demande à tous d’arrêter le chantier d’une énième Babel et d’unir nos forces pour édifier le bien, afin que l’Humanité ne perde jamais sa beauté et que le monde puisse reconnaître une fois encore au cœur de l’être humain, le lieu où Dieu désire habiter….

« Derrière tout cela se cache une racine malsaine difficile à reconnaître : le fait que l’homme moderne est parfois convaincu, à tort, d’être le seul auteur de lui-même, de sa vie et de la société. C’est là une présomption, qui dérive de la fermeture égoïste sur lui-même. »

Malheurs du monde : tous responsables, tous coupables

  • On comprend aisément que l’Écologie, à la mode de l’Écologisme, a toutes les faveurs du Vatican. C’est comme pour les Nouvelles-Technologies, tout le monde les utilise et y participe, tout le monde est donc coupable, c’est la version moderne de la Malédiction biblique : Depuis Adam et Ève, l’Humanité est coupable et responsable. Elle doit expier sous la conduite de l’Église.

  • De cette Culpabilité collective, le Pape rappelle que le Travail (étymologiquement : instrument de torture) est une obligation incontournable « la clé essentielle » et que rien ne peut se concevoir sans lui, car la Malédiction Biblique l’a affirmé : « Tu gagneras le pain à la sueur de ton front ». D’autres avaient dit entre 1933 et 1945 en Allemagne nazie à l’entrée des Camps de concentration : « Arbeit macht frei » (le Travail rend libre).

Il n’y a pas là vaine polémique, l’Homme est ici-bas pour souffrir, l’Encyclique dit : « En effet, celui qui aime et désire ne peut éviter de passer par l’épreuve et la souffrance » et « Après tout, l’homme est l’être qui a inventé les chambres à gaz d’Auschwitz ». On évite ainsi de dire que le Nazisme a été le produit du Système capitaliste en crise et qu’il a été soutenu de bout en bout par les Églises catholiques d’Allemagne et d’Autriche et bien d’autres encore. Si le IIIe Reich n’est pas tombé du ciel, il a été, pour le moins, soutenu par ceux qui s’en réclamaient au Saint-Siège.

Rappelons que Pie XII a condamné (en Latin) le Communisme « comme intrinsèquement pervers », (par sa nature même) dans l’Encyclique Divini Redemptoris et que le Nazisme n’a eu droit qu’à mise en garde (en Allemand) par Mit brennender Sorge. C’est la même différence qu’entre la Peine de mort et une simple admonestation.

La Charité chrétienne a aussi ses limites : « C’est pourquoi le Travail n’est pas un simple instrument, mais il exprime et renforce la dignité de notre vie. Il est une exigence inscrite dans la condition humaine, un chemin ordinaire vers la maturité, le développement et l’épanouissement personnel. Dans cette optique, les aides économiques aux pauvres restent parfois nécessaires dans les situations d’urgence, mais elles ne peuvent devenir la seule réponse, car l’objectif est de permettre à chacun de vivre dignement grâce à son travail. »

Au moment où des millions d’êtres humains sont chassés du Monde du Travail par les conséquences des Nouvelles-Technologies, il faudrait que le Vatican nous dise comment faire pour réaliser cette Quadrature du Cercle : développer l’Intelligence artificielle qui détruit les emplois et donner des emplois à tout le monde, et ce, sans exproprier le Capital, qui est de « droit légitime ». Même la Charité est visiblement exclue, il ne reste que « l’Amour en Jésus-Christ ». Assurément une grande chose !

  • La Nature est « œuvre de Dieu », il ne faut pas y toucher. Si elle est détériorée, c’est la faute de tout le monde : les États qui font la guerre et qui la détruisent, les Capitalistes-Industriels qui la polluent, l’être humain qui prend son bain et qui épuise l’eau. Tous responsables, tous coupables !

  • L’être humain est « à l’image de Dieu », il ne faut pas y toucher. Il faut donc condamner par avance tout ce qui pourrait améliorer la condition humaine, la lutte contre les maladies génétiques, tout ce qui peut aider l’Humanité à se préserver de l’adversité et des problèmes : « Par ailleurs, édifier dans le bien signifie accepter les limites et la fragilité de l’Humanité sans les considérer comme une erreur à corriger. Aujourd’hui, le désir de plénitude de l’être humain risque d’être détourné vers des objectifs trompeurs : l’illusion d’une technique promettant de nous libérer de toute fragilité ou des modèles de bien-être qui laissent de côté des peuples entiers. »

La dénonciation fantasmée du « Transhumanisme » : « la centralité de la technique et le rêve de dépasser les limites de la condition humaine » permet de justifier qu’il y a une limite où « le Ticket humain n’est plus valable. » La condition humaine est celle créée et imposée par « Dieu » qui ne doit jamais être modifiée, elle est de l’ordre de l’Éternel.

Toute tentative de modifier « l’Ordre Naturel » est prohibée : « Parmi eux, le premier Droit humain est le droit à la vie, de sa conception à son terme naturel, sans lequel il est impossible d’exercer aucun autre droit. Lorsque ce droit fondamental est nié, comme c’est le cas pour l’Avortement provoqué, pour le meurtre d’innocents et pour l’Euthanasie, on se trouve face à des choix que l’Église juge gravement illicites. »

Il y a un passage amusant où le Vatican se prend à son propre piège : « Il ne suffit donc pas d’affirmer en paroles que Hommes et Femmes ont la même dignité et les mêmes droits ; il faut que cela se traduise par des choix concrets, dans des lois, dans l’accès au travail, à l’éducation, aux responsabilités sociales et politiques, dans la manière dont la société écoute et valorise la contribution des femmes. Tant que cet écart persistera, nous ne pourrons pas dire que la société reconnaît véritablement, sans réserve, que les femmes ont la même dignité que les hommes. » Il est bien dommage, pour la cohérence du propos, que la Curie romaine ne s’applique pas cela à elle-même elle, quand on voit où la « Femme » est reléguée dans son Clergé, ses Offices et ses Missions.

  • Sur l’Intelligence artificielle, on lit : « J’adresse un appel particulier à ceux qui développent les intelligences artificielles. L’innovation technologique peut être, d’une certaine manière, une forme humaine de participation à l’acte divin de la création. Les développeurs portent donc une responsabilité éthique et spirituelle particulière, car chaque choix de conception exprime une vision de l’Humanité. » C’est toujours la même antienne : ce n’est pas le Système qui est responsable, ce sont les individus : tous coupables. Le Chercheur, comme l’Universitaire à l’égal du Capitalisme qui impose ses choix pour l’obtention de profits maximums et l’État qui oriente les recherches pour ses fins stratégico-militaires.

  • Il y a une chose dans cette Encyclique qui est loin d’être fausse, c’est le constat évident et il n’est pas nécessaire d’être « inspiré » par « Dieu » pour le deviner que « l’ère numérique ne sera pas postcoloniale, mais coloniale sous une nouvelle forme…. Si l’on observe la dynamique mondiale, on constate toujours plus clairement l’expansion d’une culture de la force, faite de polarisations et de violences.

La Babel moderne n’est pas seulement le paradigme technocratique mondialisé, mais aussi l’affrontement à distance entre des impérialismes opposés, entre des puissances qui veulent conserver leur suprématie et celles qui aspirent à la conquérir, avec une multitude de conflits locaux. C’est aussi la course au développement de technologies toujours plus puissantes, ou à s’en assurer le contrôle, selon une dynamique déshumanisante qui semble ne connaître aucune limite. »

Le Cléricalisme bouge encore : voilà l’ennemi !

Il est totalement inconcevable, hier comme aujourd’hui et demain, pour l’Église qu’elle ne soit reléguée qu’à la portion congrue, simplement habilitée à une mission spirituelle dans la Sphère privée, elle doit imprégner, dominer, diriger la société. Son Magistère doit être le Guide-Suprême : « Ainsi, Rerum novarum continue à nous rappeler qu’il n’y a pas d’Évangélisation authentique qui ne touche pas également les structures de la vie en société. »

« Le Pape François a rappelé avec force cette dimension historique de la mission ecclésiale en affirmant que « personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens. »

Léon XIV rappelle que la Doctrine sociale de l’Église (et donc la Subsidiarité qui en est l’outil) doit tout imprégner et qu’elle est bien ancienne. C’est Paul de Tarse dit « saint » qui l’a défini le mieux comme une obéissance à la domination, à la servitude, à l’exploitation, car « il n’y a pas d’Autorité qui ne vienne de Dieu ou qui soit librement consentie par lui… En conséquence, l’Esclave doit obéir à son Maitre, comme la Femme à son Mari ». Toute révolte contre le Pouvoir, l’État et le Capital est une révolte contre » Dieu » et cela ne peut être accepté.

« Ce que nous appelons aujourd’hui la Doctrine sociale de l’Églisen’est pas apparue soudainement à l’époque contemporaine, mais rassemble et organise une longue tradition de réflexion ecclésiale sur la vie sociale puisant ses sources dans l’Écriture Sainte, les Pères de l’Église, les élaborations théologiques et juridiques du Moyen-Âge comme de l’époque moderne.

L’expression Doctrine sociale de l’Églisea été employée pour la première fois par Pie XII en 1950, mais le contenu qu’elle recouvre, compris comme un corpus organique d’enseignements sociaux, a commencé à se dessiner avec l’Encyclique Rerum novarum de Léon XIII. Face aux « questions nouvelles » de son époque – le conflit entre le Capital et le Travail, la question ouvrière, les transformations économiques et sociales – Léon XIII ne s’est pas contenté de constater le malaise, mais a considéré ces situations comme lieu de la Mission pastorale de l’Église… »

En conclusion

En donnant de nombreuses citations de l’Encyclique, j’ai essayé de bien montrer la « Pensée pontificale » et les contradictions auxquelles elle doit faire face. Comme toujours en matière de Doctrine Sociale, l’Église catholique fait des offres de service au Pouvoir, quel qu’il soit. Elle est prête à soutenir tout processus oppressif, à deux conditions : qu’elle en exerce le Magister Moral et qu’elle en tire des bénéfices pour elle-même.

C’est pourquoi, selon sa propre expression, elle « ne dit ni Oui, ni Non » à l’Intelligence artificielle, mais elle entend en discuter les Conditions et la manière de la mettre en œuvre pour qu’elle soit en communion avec « Dieu », c’est-à-dire avec l’Église catholique qui en est le Représentant sur terre. C’est la position de toujours du Vatican qui a toujours voulu cantonner la Science au « Comment « et lui a toujours interdit de traiter du « Pourquoi ».

De la même manière que Rerum Novarum à la fin du XIXe Siècle était une offre de service au Capitalisme triomphant en refaisant le coup du IVe Siècle avec Constantin : l’Église soutient le Pouvoir en place et vous assure la tranquillité avec les Pauvres et les Esclaves, et en échange, le Vatican a une place au soleil en partageant le Pouvoir. Là, c’est : on ne condamne pas l’Intelligence Artificielle et tout ce qui va avec (les millions de suppression d’emplois et la marche à la Guerre) ce, mais il faut que cela soit sous notre Magistère Moral et Spirituel avec quelques subsides de biens matériels quant à notre place dans le monde.

Comme je l’ai indiqué au début de mon analyse, il n’y a rien de vraiment nouveau dans cette Encyclique de Léon XIV, et elle ne restera sans doute pas comme une œuvre majeure du Pontificat ni pour des siècles et des siècles, « Amen », comme on dit dans le Milieu comme ce fut le cas pour Rerum Novarum ou Quadragesimo Anno. Mais il faut plutôt la ranger, dans le même rayon que Centesimus Annus de Jean-Paul II, une œuvre de circonstance pour actualiser la Doctrine Sociale de l’Église catholique. Sans plus, mais pas moins.

Christian Eyschen

Source : Lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS

  • Note du CLP-KVD: Le syndicalisme chrétien s’est développé en opposition marquée au socialisme. Il a d’ailleurs été créé, encouragé et structuré par l’Église catholique uniquement pour faire contrepoids aux organisations ouvrières d’inspiration socialiste. Sa pensée s’appuie largement sur la doctrine sociale de l’Église, notamment telle qu’énoncée dans l’encyclique Rerum Novarum de 1891.