L’indépendance éditoriale de la RTBF, nouvelle cible du MR et de ses alliés
Épuration en marche ? Depuis plusieurs semaines, les attaques du parti libéral (MR) et de ses alliés contre l’indépendance éditoriale de la RTBF se multiplient, révélant une volonté maladive inquiétante de contrôle politique sur le service public. La ministre des Médias, Jacqueline Galant (MR), a de nouveau franchi une ligne rouge en déclarant publiquement, lors d’une conférence, vouloir profiter du départ de deux hauts responsables de la RTBF pour imposer une ligne éditoriale « davantage à droite » et procéder à une épuration.
A l’occasion du remplacement de l’Administrateur général et du Directeur de l’information , la ministre « […] espère qu’avec ces deux changements on pourra apporter une ligne (éditoriale) un peu différente, qui ira de l’autre côté de l’échiquier politique » […] « Il est temps que ça change. Ces personnes sont là depuis trop longtemps. Il y a un système qui s’est installé », elle ajoute que « Dans la nouvelle génération de journalistes (de la RTBF), il y a quand même beaucoup de gauchos », et laisse entendre que les administrateurs MR au sein du conseil d’administration de la RTBF vont s’atteler à corriger les choses : « Nos administrateurs ont un rôle essentiel à jouer. Notre président (Georges-Louis Bouchez, ndlr) a choisi des gens qui veulent faire bouger les choses ».
Ces propos trahissent une conception de l’audiovisuel public comme instrument de propagande, bien loin de sa mission de service public et de pluralisme. Ils s’inscrivent dans campagne menée également contre des médias publics de proximité : Georges-Louis Bouchez qualifiait BX1 de « télévision du PS ».
Une ingérence inacceptable et une hypocrisie révélatrice. La ministre Galant, en appelant de ses vœux un recentrage idéologique de la RTBF, bafoue délibérément les principes déontologiques et légaux qui protègent l’indépendance éditoriale du média. Pire, elle instrumentalise le débat sur le pluralisme pour mieux imposer une ligne conforme à ses propres convictions politiques. Pourtant, l’accusation de « gauchisme » brandie par le MR et ses alliés est d’autant plus hypocrite que la RTBF, loin d’être un bastion de la subversion, ne véhicule aujourd’hui que les idées dominantes – celles-là mêmes qui servent les intérêts du libéralisme économique et culturel, comme l’a justement rappelé Hugues Le Paige dans « La ministre, les gauchos et le contrôle de l’information ».
Si les mots ont un sens. La cheffe du gouvernement Elisabeth Degryse qui après avoir « déplorer et condamner fermement » les propos « disgracieux et insultants tenus par la ministre Galant à l’encontre de la RTBF, de ses instances, de sa présidente et de ses journalistes » et précisé qu’ « Il est attendu d’une ministre des Médias qu’elle garantisse le respect de la liberté de la presse et son indépendance » affirme que « La seule opinion ne suffit pas à constituer un acte d’ingérence ».
Les mots ont un sens. Le CLP-KVD s’adresse à madame Elisabeth Degrise : si les mots ont un sens et les mots ont un sens : Pourquoi n’en tirez-vous pas les conclusions nécessaires et indispensables : exiger la démission de madame Galant !
La RTBF, miroir conformiste d’une société inégalitaire. Ironie de l’histoire : la RTBF, accusée d’être « gauchiste » par la ministre et le président du MR, est en réalité devenue le relais des idées dominantes, celles qui légitiment les inégalités sociales, la précarisation des travailleurs, et la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires. Le service public, censé offrir une alternative critique, se contente trop souvent de reproduire les schémas de pensée libéraux, reléguant les voix dissidentes – tolérées comme des alibis d’un pluralisme de façade – à des cases horaires marginales. Le vrai scandale n’est donc pas un prétendu biais de gauche, mais bien l’alignement progressif de la RTBF sur les dogmes du marché et du pouvoir.
Un danger pour la démocratie. Les menaces qui pèsent sur la RTBF s’inscrivent dans une offensive plus large contre les libertés fondamentales : liberté de manifestation, libertés académiques, droit de grève, liberté d’expression, liberté d’association, etc. En voulant museler le service public, le MR et ses alliés s’attaquent à l’un des derniers remparts contre la pensée unique. Leur objectif est clair : transformer la RTBF en organe de propagande, au service d’une vision partiale de la société.
Le CLP-KVD rappelle que la liberté de presse n’est pas une concession de l’État : c’est un droit conquis de haute lutte, un pilier de la démocratie. Dès qu’un ministre, un président de parti ou un chef de gouvernement s’autorise à dicter la ligne d’un média, fût-il public, il rouvre la porte aux heures où penser librement était un crime.
Les propos de la ministre des Médias, Jacqueline Galant ne sont pas une maladresse – ils relèvent d’une idéologie autoritaire qui ne supporte pas la contestation.
Pour une RTBF libre, critique et pluraliste. Face à ces attaques, il est urgent de rappeler l’art 25 de la Constitution belge : « La presse est libre ». L’indépendance éditoriale des médias publics n’est donc pas négociable. La RTBF doit pouvoir remplir sa mission sans ingérence politique en donnant la parole à toutes les composantes de la société, et non seulement à celles qui détiennent le pouvoir.
La démocratie n’existe pas sans contre-pouvoirs. La RTBF n’appartient ni à un parti ni à un gouvernement — elle appartient aux citoyens, à ses auditeurs, à ses téléspectateurs, à tous ceux qui financent son existence par leurs impôts. Elle n’a pas pour mission de plaire, mais d’informer, de déranger, d’éclairer, d’ouvrir le débat. Ceux qui souhaitent la réduire à un haut-parleur du pouvoir n’ont rien compris à la nature du service public – ou, pire, la comprennent trop bien et cherchent à la détruire.
Comment accepter que ceux qui dénoncent le « gauchisme » de la RTBF soient les mêmes qui, par leur politique, asphyxient la diversité des opinions et précarisent ceux qui font l’information ? La vraie question n’est pas de savoir si la RTBF est trop à gauche, mais bien si elle est encore capable de résister à la mainmise des puissants.
Pour le CLP-KVD, la polémique sur les nominations à la RTBF détourne l’attention de l’enjeu crucial : garantir des mécanismes protégeant les rédactions de toute ingérence politique. Pour assurer une information fiable, il faut donner plus de moyens au service public d’informations et une protection statutaire aux journalistes, afin qu’ils puissent mener un véritable travail d’investigation et d’information. Le vrai défi n’est pas de savoir qui occupera ces postes, mais comment les rendre imperméables aux calculs partisans, pour préserver la crédibilité et le pluralisme d’un service public essentiel à la démocratie.
La liberté de la presse et l’indépendance éditoriale du service public d’information doivent être défendues.
La RTBF n’a pas à être la
Voix de son maître, quel qu’il soit !
Avec Voltaire, la Libre Pensée déclare :
Aujourd’hui, comme hier,
il faut écraser l’Infâme !
Il faut sauver la liberté d’expression et de la presse !
Bruxelles, 10 Février 2026


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