Églises de Pologne et du Portugal dans la longue chaîne du crime et du déni


Les scandales d’abus sexuels dans l’Église catholique ne sont plus des « dérives » ni des « cas isolés » : ils constituent un système mondial de crimes couverts et protégé par la hiérarchie. L’Église polonaise et l’Église portugaise s’inscrivent pleinement dans cette chaîne criminelle, au même titre que leurs homologues étasunienne, française, belge, espagnole, chilienne et bien d’autres. Partout, le même scénario indécent se répète : nier, minimiser, déplacer en secret les prêtres abuseurs, étouffer les affaires, et quand la vérité éclate enfin, parler de « tolérance zéro » tout en continuant à fuir ses responsabilités et à mégoter chaque euro d’indemnisation.

De Tarnów à Lisbonne : le déni institutionnalisé

En Pologne, il a fallu des décennies de mensonges et de silences complices avant qu’un évêque, Andrzej Jez, soit enfin traîné devant un tribunal pour avoir couvert des prêtres pédocriminels. Ce n’est pas un accident, c’est le fruit d’une culture du mensonge et de la dissimulation organisée et érigée en mode de gouvernement : on protège l’habit avant l’enfant, le prestige national avant la vérité, la statue de Jean-Paul II avant les victimes réduites au silence. Pendant que l’Église polonaise se glorifiait de son rôle dans la chute du communisme, des prêtres violaient et détruisaient des vies en toute impunité, couverts par leurs évêques. Et aujourd’hui encore, l’Eglise ose se vanter de quelques « signalements » tardifs, alors qu’elle a sciemment laissé courir le temps pour que la prescription enterre les dossiers et condamne les victimes à ne jamais voir leurs bourreaux jugés.

Au Portugal, le cynisme prend des allures de comptabilité macabre. Après un rapport indépendant révélant des milliers de victimes, l’Église aurait dû ouvrir ses archives, vider ses caisses pour indemniser ses victimes. Elle a préféré se réfugier derrière une machine administrative glaciale, opaque, humiliante. Elle convoque les survivants pour des interrogatoires interminables, elle leur fait répéter leur calvaire pendant des heures comme s’ils étaient des suspects et non des victimes. Elle parle de « dossiers en cours d’analyse », d’« éligibilité » à l’indemnisation, tout en martelant qu’être reconnu éligible ne signifie pas qu’on sera réellement indemnisé. En clair : on rouvre les plaies pour, derrière, refermer les coffres.

Étouffer les cris et marchander les indemnisations comme des usuriers

Aux États-Unis, en France, en Belgique, en Espagne, au Chili, le même mépris s’est exercé. L’Église n’a jamais accepté de regarder en face et admettre l’ampleur de ses crimes que sous la contrainte : pression médiatique, enquêtes judiciaires, commissions indépendantes arrachées de haute lutte par les victimes. À chaque fois, la même manœuvre : reconnaître ce que l’on ne peut plus nier, lâcher quelques évêques, payer à contre-cœur des indemnisations arrachées par la justice, promettre des réformes internes, tout en continuant à défendre bec et ongles le patrimoine et l’autorité de l’institution. Quand des conférences épiscopales osent prétendre qu’elles ne peuvent pas indemniser davantage sans mettre en péril la survie de l’Église, elles mentent et avouent par là que des immeubles, des comptes bancaires et des symboles valent plus, à leurs yeux, que des enfances volées, des vies détruites.

La vérité est abjecte : ces Églises qui paradent avec l’Évangile sur les lèvres ont pris parti pour les bourreaux pendant des décennies. Elles ont sciemment laissé des prêtres abuser d’enfants, ont recyclés de paroisse en paroisse ces prêtres comme des produits défectueux, ont étouffé les cris des victimes sous un déluge de secret, de honte et de chantage spirituel immonde. Quand le mur du silence a enfin volé en éclats, elles ont monté une comédie minable de réparation administrative, bradant le silence des survivants à prix d’usine. Les États doivent obliger les épiscopats polonais, portugais, étasunien, français, belge, espagnol, chilien et autres à livrer leurs archives à la justice civile, à livrer les évêques complices aux tribunaux, à liquider leur patrimoine pour payer enfin des indemnisations à la hauteur du massacre et à avouer publiquement leur responsabilité institutionnelle criminelle – sinon, ils resteront les complices de l’Église catholique apostolique et romaine.