Abus sexuels dans l’Eglise : après les promesses, les victimes demandent des comptes


Le Soir du 11 février 2026 rappelle que, malgré le choc provoqué par le documentaire « Godvergeten » (les oubliés de Dieu) en 2023 et les promesses qui ont suivi, l’Église belge reste largement immobile face à ses responsabilités dans les abus sexuels commis par des prêtres. Trois ans plus tard, un nouveau documentaire de la VRT, « Brief aan de paus » (Lettre au pape), montre que les victimes, qui se définissent comme des « survivants », ne se sentent toujours ni reconnues ni réellement indemnisées. Brief aan de paus sera diffusé par la VRT Canvas ce 3 mars prochain, à 21 h 25 et sera sous-titré en français

Le témoignage de Jean-Marc Turine, abusé au collège Saint-Michel dans les années 60, illustre cette inertie : il raconte deux rencontres avec François puis Léon XIV, au cours desquelles ce dernier reconnaît verbalement la dette de l’Église envers l’État belge, qui assume depuis des années les coûts des soins psychologiques et psychiatriques des victimes, mais admet ne pas avoir de réel pouvoir pour contraindre l’Église belge à agir. Autrement dit, les paroles sont fortes, mais aucun geste concret n’en découle, et l’épiscopat belge « fait la sourde oreille ».

Face à cela, des survivants rassemblés dans la plateforme bilingue Mavek réclament la création d’un fonds de plusieurs millions d’euros, alimenté par l’Église mais géré par l’État ou une instance neutre, pour couvrir les frais liés aux séquelles des abus, ainsi qu’une reconnaissance explicite de la responsabilité institutionnelle de l’Église. La rencontre prévue avec l’archevêque Luc Terlinden et la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) est perçue avec méfiance, certains craignant que des liens politiques et confessionnels empêchent une critique claire de l’Église et souhaitant que le dossier soit transféré à la Santé.

L’article rappelle enfin que la Fondation Dignity, créée par les évêques, a promis en 2025 un soutien de 3.000 euros pour des soins psychothérapeutiques, en plus des indemnisations déjà versées (entre 2.500 et 25.000 euros selon une grille fédérale). Mais au regard de l’ampleur des crimes et du fait que l’État, c’est-à-dire le contribuable, a assumé l’essentiel des coûts, ces montants apparaissent comme une aumône. L’article souligne ainsi le contraste entre la gravité des abus, les discours d’excuses et la faiblesse des réparations assumées par l’Église elle-même, qui continue à refuser de payer pleinement pour les torts causés et à assumer clairement sa responsabilité institutionnelle.