La presse libre peut sans doute être bonne ou mauvaise, mais assurément, sans la liberté, elle ne sera jamais autre chose que mauvaise. A. Camus dans un hommage à un journaliste exilé, 1955.
Un vent mauvais s’abat sur la liberté d’expression. La dernière décision du Conseil de l’Europe contre Jacques Baud, Nathalie Yamb et tant d’autres n’est pas un simple dérapage administratif : c’est un acte de censure politique, un avertissement adressé à tous ceux qui osent penser autrement. On nous dresse une liste noire — incomplète, certes, mais déjà accablante — où s’inscrivent celles et ceux que l’on veut faire taire. Pris séparément, ces cas pourraient passer pour des incidents isolés ; ensemble, ils dessinent un système de contrôle, une toile où la pensée libre se débat avant d’être étouffée.
C’est une camisole idéologique qui se referme sur les esprits. Elle interdit de douter, de contester, d’exprimer un désaccord, bref, d’exercer ce droit fondamental de réfléchir par soi-même. Pas en reste : le gouvernement belge est décidé à étendre ce dispositif de silence et d’obéissance. À ce rythme, ce ne sont plus nos opinions que l’on muselle, mais la conscience même de nos sociétés.
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La liberté d’expression sous camisole
La répression se déchaîne contre toutes les dissidences ou supposées telles. Tout l’arsenal de répression ne vient pas du néant. Les dernières mesures prises par l’UE découlent naturellement de sa constitution et de sa finalité : l’asservissement des peuples.
L’Union européenne, qui prétend incarner les valeurs démocratiques et les droits fondamentaux, glisse dangereusement vers une forme de censure institutionnelle. Derrière les beaux discours sur la lutte contre la désinformation, c’est la liberté d’opinion elle-même qui est visée. En octobre dernier, le Conseil de l’UE a adopté une décision autorisant des sanctions contre des personnes et organisations accusées de “manipulation de l’information”. Le Conseil de l’UE, au nom de sa répulsion pour l’alternative et de son appétence pour l’oppression, s’arroge désormais le droit de réprimer des opinions. Cette décision est l’officialisation pure et simple de la pensée critique.
Pas de Commissaire à l’Information et à la Propagande et pourtant…
Sur simple interprétation administrative, sans procès ni débat contradictoire, sur la base de définitions floues établies par la Haute Représentante Kaja Kallas, des citoyens européens ou étrangers peuvent désormais être punis pour leurs opinions. Le 15 décembre encore, douze personnes et deux organisations ont été inscrits sur cette liste noire. Leurs comptes bancaires sont bloqués, leurs déplacements limités – sans aucune décision judiciaire. Parmi eux, l’ancien officier suisse Jacques Baud, analyste stratégique reconnu, sanctionné non pour des “actes hostiles”, mais pour des analyses divergentes sur le rôle de l’OTAN et la guerre en Ukraine. De même, la militante Nathalie Yamb, coupable d’avoir critiqué la politique française en Afrique, a été privée de ses moyens économiques.
Ce glissement autoritaire n’est plus une menace, il est une réalité. L’exécutif européen, notamment sous l’impulsion de la présidente Ursula von der Leyen, qui se comporte comme une intendante d’Ancien-Régime, prétend « vacciner les peuples contre le virus de la désinformation ». Derrière cette métaphore sanitaire inquiétante se cache une politique de “pré-bunkering” — une censure préventive justifiée au nom du “bien commun”. Ce langage paternaliste, orwellien et autoritaire rappelle les heures sombres où les États surveillaient les opinions pour “protéger” le peuple contre lui-même.
Le Cercle de Libre Pensée – Kring voor het Vrije Denken rappelle que la liberté d’opinion et la liberté d’expression sont indivisibles et inaliénables. Elles ne valent pas pour les idées consensuelles ou conformes au pouvoir, mais pour celles qui dérangent. Le droit de contester, de critiquer, de penser autrement, n’est pas un luxe intellectuel : c’est le fondement même de toute démocratie réelle. Restreindre ce droit, c’est rompre avec les principes hérités des Lumières et des combats laïques pour la raison et la libre critique.
L’Union européenne renverse aujourd’hui ce principe pour instaurer une vérité officielle, définie par ses institutions. Celui qui s’écarte du récit officiel – sur la guerre, la sécurité, la santé publique, l’économie ou la géopolitique – s’expose désormais à la répression. Le libre examen, le pluralisme des idées, conditions du progrès et du débat, son ainsi remplacés par un monopole idéologique. La criminalisation du mouvement pour la paix appelant à la désescalade militaire ou des voix dénonçant le génocide en Palestine en sont le symptôme le plus inquiétant.
Sommes-nous libres ?
Au nom de la “sécurité de l’information”, le Conseil européen devient un véritable politburo chargé de dire le vrai et le faux. La peur du “danger russe” sert ici de prétexte à une dérive autoritaire incompatible avec ce que certains dénomment l’“État de droit”. L’histoire nous enseigne pourtant où mène cette pente : à la servitude. Le cours autoritaire d’un système en décomposition se déploie sans filet.
Le CLP-KVD n’accepte pas cette stigmatisation qui prépare toujours à la violence politique. Défendre la liberté d’expression, ce n’est pas défendre telle ou telle opinion : c’est défendre le droit fondamental de tous à penser librement, même contre le pouvoir. Car sans liberté de critique, il ne reste plus que l’obéissance.
La dimension européenne de cette affaire n’est pas anodine : la décision du Conseil de l’UE ne vient qu’adouber les apprentis dictateurs ici et là. Le CLP-KVD, rappelle qu’en vertu de la prochaine loi B. Quintin (ministre de l’intérieur), – loi de destruction des libertés publiques et individuelles – les gouvernements pourront criminaliser des organisations et éventuellement les interdire pour le simple fait qu’elles s’opposent au discours officiel (ici et là).
Alors que la guerre est là, à nos portes, le débat démocratique devrait s’emparer sans entrave de l’examen de tous les aspects des questions ukrainienne, palestinienne, etc. pour déterminer les conditions de la paix dans ces régions du monde, l’UE intensifie globalement la répression de toute expression s’écartant du discours univoque officiel d’alignement.
Non à la criminalisation du débat !
Il faut défendre la liberté de conscience,
la liberté d’expression !
Ce combat doit être le combat de toutes et de tous.
Bruxelles, le 18 janvier 2026



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