[:fr]Note de lecture : L’Effondrement, de Hans Erich Nossack[:]


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Dans la nuit du 24 juillet 1943, la Royal Air Force lance l’opération « Gomorrhe ». Le « feu de Dieu » s’abat sur la ville allemande de Hambourg. Plus précisément sur ses quartiers ouvriers les plus peuplés. Les bombardements allaient durer une semaine. Des centaines de milliers d’habitants sont morts, brûlés, asphyxiés. 350 000 habitations ont été détruites, faisant un million de sans-abri. « Ce bruit entre ciel et terre semblait aspirer leur lumière et les vidait de sens. Mais les étoiles scintillaient comme en temps de paix au travers de l’invisible désastre. On n’osait pas respirer pour ne pas inspirer ça. C’était le bruit de mille huit cents avions qui, venant du sud, à des hauteurs inimaginables, volaient vers Hambourg. » Ces lignes viennent d’un petit livre impressionnant, écrit juste après les bombardements par Hans Erich Nossack (1901-1977) : « L’effondrement ». Publié en français une première fois dans la revue Les Temps modernes en 1949, il vient d’être réédité par les éditions Héros-Limite. Quand l’opération « Gomorrha » commence, Hans Erich Nossack est à la campagne. Agé d’une quarantaine d’années, il n’a encore rien publié. Il tient, à Hambourg, le café que son père avait tenu avant lui. C’est alors qu’il décide qu’il ne peut rester muet. Il doit dire. Il doit dire la mort, le chaos. Comme le dit Nossack : « En proie à l’épouvante, on ne pouvait plus discerner aucun détail. » Sinon le vol des 1 800 bombardiers chargés de faire le maximum de morts. En 1997, le grand écrivain W.G. Sebald, né, lui, en 1944, fut appelé par l’université de Zurich pour faire des conférences qu’il intitula « Littérature et guerre aérienne » (*). Il s’y pencha sur l’amnésie qui marqua nombre d’écrivains allemands qui n’étaient pas « disposés ou en mesure de coucher sur le papier la moindre ligne relatant le déroulement et les effets d’une campagne de destruction aussi longue et d’une telle ampleur ». Une amnésie qui permet de supporter. Cela ne donne que plus de prix au témoignage d’Hans Erich Nossack, auquel l’actualité donne une force considérable.

Nicole Bernard – Informations Ouvrières, mars 2022

Nossack, H. E. (2022). L’Effondrement. Héros-Limite, 80 pages 16 €

(*) Editées sous le titre : « De la destruction comme élément de l’histoire naturelle ».

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