[:fr]Fernand Iveton : Guillotiné pour l’Exemple[:]


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Ce roman, écrit avec une humanité à fleur de peau, sans tomber dans le pathos, retrace en quelques scènes la vie d’un homme : son enfance en Algérie, sa rencontre avec Hélène, sa future femme, aux yeux d’un « bleu chien-loup qui vous farfouille le cœur sans demander la moindre permission », son engagement politique et son assassinat.

Algérie, la guerre fait rage, guerre dissimulée « sous le doux nom d’événements, le pouvoir cultive ses politesses, treillis taillés dans le satin, boucherie fardée à la bonté. » Pour mettre fin à l’apartheid colonial, au code de l’Indigénat, le peuple algérien s’est mis en marche pour son indépendance.

De ses frères blessés relate l’histoire vraie de Fernand Iveton, ouvrier, anticolonialiste, militant communiste, membre de la CGT, engagé auprès de ses frères de combat.

Le 14 novembre 1956, il est arrêté pour une tentative de sabotage. La bombe qu’il avait déposée dans une usine était réglée pour n’exploser qu’après le départ des travailleurs. La bombe désamorcée, ne causa aucune victime.

Le 24 novembre 1956, il est condamné à mort par le tribunal militaire d’Alger – avec deux de ses camarades algériens – après une parodie de justice expéditive et des heures et des jours de torture qui, elle, n’avait rien d’expéditif ni de parodique « De quelle matières sont donc faits les héros ? […] De quelles peaux, de quels os, carcasses, tendons, nerfs, étoffes, de quelles viandes, de quelles âmes sont-ils fichus ceux-là […]  » se demande-t-il lors des moments de répit.

Jusqu’au bout, il est persuadé d’obtenir sa grâce « la France, fut-elle une République coloniale, capitaliste, n’est pas une dictature ; elle saura faire la part des choses ; elle saura dénouer le vrai du faux et lire entre les lignes ennemies. » Il s’est trompé.

Le 11 février 1957, il est guillotiné pour l’exemple par un gouvernement socialiste qui a refusé sa grâce (1). Le président de la République René Coty explique pour justifier son refus  » […] en 1917, j’étais un jeune officier, j’avais trente-cinq ans, quelque chose comme ça, et j’ai vu de mes yeux deux jeunes soldats français se faire fusiller. Et lorsque l’un d’eux était conduit au poteau, le général lui a dit, je m’en souviens parfaitement, toi aussi, mon petit, tu meurs pour la France. » pour justifier le refus de la grâce.

Libre-Penseur jusqu’à la fin, jusqu’aux pieds de l’échafaud, Fernand Iveton refusa le « secours de la religion ».

Le livre se termine par un poème à la mémoire de Fernand, écrit par une indépendantiste emprisonnée :

Puis le coq a chanté
Ce matin ils ont osé,
Ils ont osé vous assassiner,

En nos corps fortifiés
Que vive notre idéal
Et vos sangs entremêlés
Pour que demain, ils n’osent plus
Ils n’osent plus, nous assassiner

Joseph Andras a refusé le prix, en expliquant dans une lettre aux Goncourt que « l’on ne cherche pas à déceler la moindre arrogance ni forfanterie […] : seulement le désir profond de s’en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés, à la parole occultée d’un travailleur et militant de l’égalité sociale et politique ».

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(1) Son recours en grâce fut refusé par le président de la République, René Coty, avec l’accord du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand, et du chef du gouvernement socialiste, Guy Mollet.

 K. Dhif

De nos frères blessés par Joseph Andras – Actes Sud – 140 pages – 17€

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