Tribune libre – De Madison à Vance : la remise en cause de la séparation des Églises et de l’État


James Madison 16 mars 1751-28 juin 1836

Depuis quelques années, une inquiétante dérive s’accentue : celle d’un retour en force du religieux dans la sphère publique, porté par un discours identitaire et populiste. Aux États-Unis, le vice-président J.D. Vance, lors d’un discours à AmericaFest 2025, a affirmé avec fierté que son pays était, et devait rester, « une nation chrétienne ». En présentant le christianisme comme « la croyance de l’Amérique », il en fait un principe politique, une norme collective supposée fonder la morale nationale.

Cette conception n’est pas isolée. À Munich, en février 2025, le secrétaire d’Etat Marco Rubio déclarait que « le monde libre doit retrouver ses racines judéo-chrétiennes s’il veut survivre face à la décadence morale et au danger autoritaire ». Ces paroles, applaudies par les chefs d’État européens, prononcées dans un cadre international, résonnent comme un écho transatlantique au discours de Vance : elles traduisent la même volonté d’ancrer la légitimité du pouvoir politique dans une identité religieuse. Ainsi, au lieu d’unir les nations autour de valeurs universelles — liberté, égalité, fraternité —, ce discours prétend les lier à une foi particulière, excluant de fait ceux qui n’y adhèrent pas.

Ce discours se nourrit d’un contexte social et culturel propice. Les ventes record de Bibles (18 millions) en 2025 traduisent un mouvement où la religion devient un marqueur idéologique, un outil d’affirmation identitaire : celle de substituer la morale divine à la loi commune, d’imposer à tous une norme inspirée d’un seul credo.

Ce phénomène n’est pas seulement américain. Il rappelle à toutes les libres penseurs, laïques l’importance vitale du principe que James Madison, père fondateur des États-Unis, énonçait déjà en 1822 : « la religion s’épanouit avec une plus grande pureté sans l’aide du gouvernement ». Ce rappel est aujourd’hui salutaire. C’est précisément cette séparation entre les Églises et l’État qui protège la liberté de conscience de toutes et de tous — croyants comme non-croyants. La fragiliser, c’est ouvrir la voie à l’intolérance, aux discriminations et aux divisions.

À l’heure où certains dirigeants veulent faire de la religion le socle unique de la nation, il devient urgent de réaffirmer les principes laïques qui fondent la démocratie. C’est en maintenant une stricte séparation entre le spirituel et le politique que les sociétés peuvent préserver l’absolue liberté de conscience, cette conquête que Madison voyait, déjà, comme un modèle pour le monde. Tarma